COLLOQUE du FESTIVAL d’HISTOIRE de MONTBRISON

Jeudi  15 novembre 2018

9H30 : Ouverture du colloque. Discours d’accueil. Présentation du thème « Histoire de l’eau » par Didier Nourrisson, président du Conseil scientifique, professeur d’histoire contemporaine. Université Lyon I.

Session 1 : l’eau au fil des âges

Président de séance : Olivier Faure, professeur d’histoire contemporaine, Université Jean Moulin Lyon III

10H : Dimitri Tilloi d’Ambrosi (Université Lyon 2), L’eau dans le système diététique gréco-romain

L’eau est savamment maîtrisée par les ingénieurs romains et retient aussi l’attention des médecins antiques. La diététique romaine y a très largement recours et la médecine intègre pleinement son usage dans ses prescriptions. Que ce soit pour la balnéothérapie ou pour une consommation thérapeutique, l’eau prend part aux soins et sa salubrité pose parfois problème. Les apports de l’étude de la médecine antique doivent donc permettre de mieux comprendre les relations entretenues par les Romains avec cette ressource vitale.

10H30 : Georges Vitel (Université Jean Monnet, Saint-Etienne), Rift et eaux minérales en Forez

Le « graben » du Forez est un élément du rift ouest-européen allant de la Méditerranée à la mer Baltique. Il fait partie de la grande province des eaux carbogazeuses du Massif Central qui prend la France en écharpe du Roussillon à l’Alsace. L’apparition des sources minérales est directement liée aux failles normales NNO-SSE qui limitent le fossé d’effondrement forézien. Lors de ce parcours souterrain, l’eau acquiert ses caractéristiques chimiques au contact des roches cristallines.

11H : Pause

11H15 :   Julia Csergo (Université du Québec, UQAM, Canada) l’eau sur le corps. Histoire des bains-douches.

11H45 : François Richard (Université Nancy I), Symbolique et fonction de l’eau dans les religions pendant l’Antiquité romaine et paléo-chrétienne.

Considérée comme l’un des quatre éléments primordiaux de l’univers, l’eau possédait de fait une grande valeur religieuse, marquée par des cultes et des vénérations. Depuis une trentaine d’années, la tendance est de revoir à la baisse le nombre et le rôle des sanctuaires des eaux à fonction hydrothérapique. Par compensation, on met davantage en valeur les fonctions rituelles de l’eau dans les purifications avant et pendant le culte, qu’il soit païen ou chrétien.

Session 2 : gestion de l’eau sur terre et sur mer

Présidente de séance : Julia Csergo, professeure d’histoire contemporaine, Université du Québec (Canada)

14H 30 : Nicole Mainet, Alain Boulaire (Université de Brest), Importance et problèmes de l’eau dans la Marine au cours des expéditions : l’exemple de Brest.

Aux 17ème et 18ème siècles, sur les bateaux de la Marine Royale comme sur les navires de commerce, l’eau potable est indispensable. A Brest réputée pourtant pour ses précipitations, la question de l’eau est primordiale. Le répertoire des sources et fontaines est réalisé très tôt pour parer à la demande d’eau considérable des escadres. La communication s’attachera à mettre en exergue l’importance capitale de la conservation et le ravitaillement de l’eau lors des expéditions.

15H00 : Jacqueline Besson Le Huédé (La Diana), L’eau en Forez au temps de Louis XIV. Conflits et dangers.

La communication portera sur les différents usages, codifications, pratiques, pollutions, dangers qui jalonnent le parcours de celui qui veut capter, maitriser, contrôler, utiliser, ou encore consommer de l’eau dans le Forez dans la seconde moitié du XVIIe siècle. L’exposé est fondé sur des textes manuscrits de l’époque, pour la plupart, inédits.

15H30 : François Paliard (La Diana), Le canal du Forez, de l’eau d’irrigation à l’eau potable.

Réalisé durant le Second Empire, le canal a effectué dans les années 1980 un tournant important dans son orientation et son développement, par une réelle prise de conscience du potentiel qu’il représentait comme ressource en eau et comme sécurité  apportée pour la vie des populations. Le canal a pris une dimension nouvelle avec l’alimentation en eau potable d’une population importante du territoire pour un débit d’eau utilisé du canal très faible mais continu et à un prix valorisé, se rendant indispensable pour l’avenir et le développement du Forez.

16h00 : Pause 

16 H 15 : Stéphane Frioux  (Larhra, Université de Lyon 2), La bataille des eaux potables urbaines à la Belle Epoque

La fin du XIXe siècle, avec les progrès de la microbiologie, jette la suspicion sur les eaux d’alimentation des citadins. Après la satisfaction du défi « quantitatif » des années 1850-1870, les municipalités et leurs experts doivent s’attaquer à l’épineux dossier de la qualité. Dans un certain nombre de cas, les sources ne suffisent plus ou ne sont plus « sûres ». Il faut entamer alors une démarche d’innovation technique risquée, entre différents procédés que des ingénieurs-conseils et entreprises en compétition défendent ardemment. La communication évoquera cette guerre commerciale de l’eau et la démarche politique des élus locaux, en choisissant quelques exemples parmi un vaste corpus investigué pour la période années 1890-années 1930.

16 H 45 : Marion Douarche (géographe spécialiste eau en montagne) , La gestion de l’eau dans les bâtiments traditionnels

Si aujourd’hui la ressource en eau dans les habitats ne pose pas vraiment question, dans un passé proche de nous, elle était au cœur des préoccupations des foyers tant dans son approvisionnement que dans sa salubrité. A partir d’exemples d’architecture traditionnelle et contemporaine, et de la présentation de l’évolution de la règlementation des eaux domestiques, la place de l’eau dans le bâtiment, pour un usage de boisson ou de lavage est examinée ; les solutions d’hier sont réexaminées à l’aune de la règlementation d’aujourd’hui, en réponse à un nécessaire besoin d’économie de la ressource.

 17H15 : Stéphane Le bras (Université de Clermont-Ferrand), Eau et vin, les meilleurs ennemis ; mi-XIXe-début XXe siècle.

Cette communication se propose d’explorer et d’étudier les différentes relations et connexions qui existent entre eau et vin, notamment en montrant comment, dans les représentations, mais également les pratiques, l’un et l’autre sont souvent associés, avec des conséquences positives et négatives.
En s’appuyant sur des archives diverses et variées (publications, archives nationales et départementales, presse) et sur une période courant depuis le milieu du XIXe quand le vin devient un véritable phénomène social jusqu’à la Première Guerre mondiale quand il acquiert le statut de boisson patriotique, il s’agira de mettre en lumière les manières dont les trajectoires du vin et de l’eau sont intimement liées.

Vendredi 16 novembre 2018

Session 3 : eau naturelle ou eau construite ?

Président de séance : John Westbrook, professeur de civilisation française. Université de Bucknell, Pennsylvanie (Etats-Unis)

9H30 : Matthieu Lecoutre (Larhra), Le pot d’eau contre le pot de vin. L’eau à l’époque moderne

La consommation d’eau dans la France moderne soulève un débat au sein de la communauté historienne. Il s’agira d’essayer de le trancher. Pour certains, les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles sont marqués par une forte consommation d’eau, notamment sous forme de soupes et pour d’autres, ces siècles sont plutôt ceux du « temps de l’eau rare », avant le grand essor contemporain de la consommation aqueuse. La consommation d’eau apparait peu dans les sources historiques et il s’agit de bien différencier les normes imprimées des pratiques effectives, soumises aux conditions d’hygiène et à la concurrence du vin.

10H : Désiré M’Brah (Université Alassane Ouattara de Bouaké), L’eau au fil de la colonisation et de la décolonisation en Côte d’Ivoire.

A travers l’histoire de la Côte d’Ivoire, cette étude vise à appréhender l’évolution de la conception de l’eau par ses habitants et les différentes utilisations qu’ils en font. Comprendre la culture de l’eau par les populations ivoiriennes durant trois périodes (précoloniale, coloniale et postcoloniale) est l’occasion pour l’historien, tout en demeurant dans sa spécificité, de réfléchir aux différents rapports entre l’homme et son environnement naturel.

10H30 : Victoria Afanasyeva (Université Paris I), « Boire de l’eau dans les restaurants de tempérance en France (fin du XIXe – début du XXe siècle) »

En mobilisant des sources variées (presse antialcoolique, publicité, cartes postales), cette communication propose d’étudier la consommation de l’eau dans les restaurants antialcooliques en France à la Belle Époque. Boisson hygiénique par excellence, l’eau figure pourtant rarement à la carte des restaurants antialcooliques, et jamais sur les devantures des établissements. Ainsi, ce sujet s’inscrit-il dans la réflexion sur « l’exception française » en matière de tempérance.

11h : Pause

11H15 : Denis Saillard (Université Paris XII), La métamorphose de l’eau. Eaux de table et restaurants à la Belle Epoque.

Comment les eaux minérales ont-elles conquis les tables de restaurant ? En devenant plus que de l’eau. L’eau a peu à peu gagné sa place à côté de la bouteille de vin sur la table des restaurants en étant parée de multiples vertus. Des vertus physiologiques mais également des vertus imaginées par la littérature gastronomique ainsi que par la promotion commerciale. Cette communication s’appuiera sur l’étude de la presse, notamment sur les titres spécialisés dans la gastronomie et le tourisme.

11H45 : Yves Peycelon (Association Les Amis du vieux Saint-Galmier), L’invention d’une eau minérale : Badoit

« M. Badoit, fermier de l’établissement, a eu l’idée d’établir plusieurs dépôts à Lyon. Depuis quelques temps, leur usage a été adopté par beaucoup de médecins et s’est répandu dans un grand nombre de familles… L’eau minérale de Saint-Galmier, mise en bouteilles, telle qu’elle coule à la source et sans addition artificielle, est une excellente boisson, propre à entretenir les forces digestives pendant les temps de chaleur… » (Le Courrier de Lyon, juillet 1837). Pourquoi et comment les sources de Saint-Galmier sont devenues eaux de Badoit, c’est ce que nous verrons à partir de nombreux documents inédits.

Session 4 : les représentations de l’eau

Président de séance : Matthieu Poux, professeur d’archéologie romaine, Université Lumière Lyon II.

14H : Vincent Chenillé (Université Paris I), Le traitement de l’eau au cinéma

Un soldat sudiste assoiffé en plein désert offre 200000$ à Tuco Benedicto pour qu’il lui donne de l’eau à boire. Rares sont les boissons à avoir atteint un tel prix. Mais l’eau est rarement valorisée au cinéma autrement que par le besoin de survie, et non par le goût, pour lequel elle est dépréciée. Si la dépréciation ne commence que dans les années trente, le parallélisme avec l’alcool commence dès le début du vingtième siècle, l’un étant traité à l’aune de l’autre. L’intervention se propose de présenter les procédés de valorisation et de dépréciation de l’eau au cinéma, en les éclairant à partir des contextes historiques et géographiques.

14H30 : Jean-Philippe Lapérrière (Université Uqam, Montréal), Eau et boissons dans Chatelaine, un magazine féminin québécois

Au Québec, comme ailleurs dans le monde, l’eau n’accompagne pas nécessairement le repas. La modernité alimentaire a multiplié les options de boissons qui nous sont offertes pour assouvir la soif.  Souvent fortement aqueuses, elles amélioreraient toutefois le goût de l’eau, tout en étant réputées plus digestives, plus vitaminées ou plus isotoniques, qu’elle. Or, de nos jours, ces boissons variées sont pointées du doigt. Elles seraient la cause de plusieurs maladies comme l’obésité, l’insomnie, les reflux gastriques, la pression, le diabète, amenant à une mise à jour du guide alimentaire canadien, où l’eau serait seule recommandée.

15H : John Westbrook (Bucknell University, Pennsylvanie), L’eau au fil des lectures courantes : l’exemple de la série des Suzette de Marie-Robert Halt à la fin du 19e siècle

L’eau irrigue l’enseignement primaire de la III République mais figure aussi en bonne place dans les livres de lecture courante. Synonyme de pureté mais aussi dangereuse, sa maîtrise requiert un savoir et un savoir-faire qui en fait une matière scolaire par excellence. Nous tracerons la mise en récit et en savoir de l’eau dans la série Suzette publiée par Marie-Robert Halt à la fin du 19ème siècle. En suivant le parcours de l’orpheline éponyme, nous verrons comment la maturation intellectuelle, morale et sociale de la jeune fille s’accompagne d’une maîtrise croissante de cette substance plurivalente.

15h30 :Pause

15H45 :  Aldo Borlenghi  / Matthieu Poux (Université Lyon 2), L’eau en pays ségusiave

Où il sera question de l’eau acheminée par les aqueducs du Gier jusqu’à la capitale des Gaules et de l’eau puisée à la source d’une station thermale comme Aquae Segetae.

16H15 : Jérome Sagnard (La Diana), Les fontaines d’eau à Saint-Etienne au XIXe siècle

Pendant très longtemps, Saint-Etienne rencontre des difficultés d’alimentation en eau. Jusqu’au XVIIème siècle, les puits privés ou publics sont alimentés par les eaux d’infiltration des rivières. C’est seulement en 1607 que la première fontaine est construite par Demaris, entrepreneur des chemins sur le Pré de la Foire (actuelle Place du Peuple) sur décision des consuls Besset, Berichon, Boulioud et Bernier. Ce système est basé sur l’alimentation de la ville par les eaux de la plaine de Champagne et sur une « ligne » de distribution qui subsistera pendant deux siècles.

16H45 : Didier Nourrisson, conclusion et clôture du colloque

A partir de 17h30 : dédicaces des auteurs au Salon du Livre

18H : enregistrement public RCF (avec 3 écrivains du colloque) à la Diana.