Le site de La Regardière, situé à Saint-Bonnet-le-Courreau à 1 245 m d’altitude, constitue le chef-lieu d’un vaste domaine comtal médiéval d’environ 1 700 hectares. Son intérêt scientifique est jugé majeur et unique au niveau national, car il révèle une organisation sociale et économique complexe en moyenne montagne dès l’An Mil. Basé sur l’exploitation du bois, l’élevage de bétail et la production de fromage, ce complexe dépasse largement l’enceinte fortifiée initialement étudiée pour englober un village périphérique de 10 hectares comptant une quinzaine de bâtiments.
La campagne de fouilles 2025 a marqué le début d’un cycle triennal (2025-2027) visant à explorer cet habitat périphérique. Les travaux, qui ont ciblé trois bâtiments spécifiques, ont confirmé une contemporanéité parfaite avec l’ensemble clos grâce à des analyses carbone 14 et à la découverte d’un denier de Lyon daté de 1032-1036. Les structures mises au jour témoignent d’une architecture robuste, avec des murs en granite de près d’un mètre d’épaisseur, adaptés au relief par un système d’encavement systématique dans le substrat rocheux.
Sous la direction de Christophe Mathevot, cette opération a mobilisé une équipe composée de 4 services civiques et de 10 étudiants sélectionnés parmi 350 candidatures. L’expertise scientifique est complétée par 5 spécialistes de l’Inrap dédiés à l’étude de la céramique, du verre, des métaux et de la numismatique. Malgré un budget restreint de 5 000 euros couvert par des économies internes, les découvertes de mobilier (clous de maréchalerie, fusaïole, restes de meule) confirment déjà une intense activité domestique et agropastorale sur le site.