Ce livre, auquel Gérard Largeron a apporté son expertise de passionné, explore le prieuré de Saint-Romain-le-Puy comme le point de rencontre entre la géologie volcanique du Forez et la spiritualité de l’an mil. L’ouvrage démontre comment ce « pic » de basalte a été transfiguré par l’architecture romane pour devenir un phare spirituel dominant la plaine.

L’essentiel du propos s’articule autour de trois axes :

  • L’ancrage terrestre : L’utilisation des matériaux locaux (pierres volcaniques, briques) et l’adaptation de l’église à la topographie difficile du rocher.

  • L’élévation spirituelle : Une analyse des décors sculptés et des fresques comme un cheminement mystique destiné à élever le fidèle vers le divin.

  • Le rôle historique : La place centrale de ce prieuré (lié à l’abbaye d’Ainay) dans l’organisation sociale et religieuse du Forez médiéval.

En somme, c’est un hommage à un site où la matière brute et la foi chrétienne se sont unies pour créer l’un des premiers chefs-d’œuvre de l’art roman français.

Cet ouvrage de Georges Dubouchet, publié par les Amis des Arts et Traditions Populaires du Massif Central, est une étude encyclopédique de l’économie rurale et artisanale autour de Saint-Étienne.

En quelques lignes, le livre explore comment les paysans complétaient leurs revenus par des activités artisanales (la « fabrique des champs ») et détaille l’histoire de la passementerie (rubanerie), de la mine et du monde des mineurs, ainsi que la construction et la navigation de la batellerie en bois sur la Loire, l’Allier et le Rhône.

  • L’auteur analyse les travaux d’appoint et les activités de subsistance qui permettaient aux familles de survivre et de se développer avant l’industrialisation massive.

C’est un ouvrage de référence pour comprendre comment cette région a su conjuguer traditions paysannes et innovations techniques.

Plongez au coeur de l’histoire forestière du Massif du Pilat avec l’ouvrage de Dominique Crozet, L’Histoire de la Forêt de Pilat, éditions Jean-Pierre Huguet, 2025

Ce livre de Dominique et Emmanuel Crozet est une étude passionnante qui retrace l’évolution de la forêt du massif du Pilat sur le temps long, de la préhistoire à nos jours.

Les auteurs expliquent comment la forêt s’est transformée, passant d’un état sauvage à un espace profondément façonné par l’homme. Ils détaillent notamment les essences d’arbres (sapins, hêtres, puis l’introduction des résineux) et l’influence du climat. Ils mettent en lumière l’importance économique de la forêt pour les populations locales. Elle a fourni le bois pour la construction, mais aussi le combustible indispensable aux industries de la région (verreries, métallurgie, mines de Saint-Étienne).

  • L’ouvrage aborde l’histoire des droits d’usage, les conflits entre les paysans et l’administration royale ou seigneuriale, et l’instauration d’une gestion plus encadrée (comme celle de l’ONF aujourd’hui) pour protéger cette ressource.

  • Au-delà des faits historiques, les auteurs explorent la dimension culturelle du Pilat, ses sentiers, ses lieux dits et l’imaginaire collectif attaché à ce massif boisé.

C’est un ouvrage indispensable pour comprendre comment la forêt du Pilat est devenue le poumon vert et le lieu de loisirs que nous connaissons aujourd’hui.

Replongez au coeur de l’histoire du Lyonnais et du Forez : Lyon, entre Empire et Royaume, Classiques Garnier, 2015

L’ouvrage dirigé par l’historien Alexis Charansonnet propose une plongée érudite dans la métamorphose de Lyon, ville charnière oscillant entre deux mondes. Au cœur du Moyen Âge, la cité n’est pas encore française : elle appartient juridiquement au Saint-Empire romain germanique, mais son éloignement du pouvoir impérial en fait une enclave quasi autonome. Le livre analyse finement comment ce statut de « terre d’Empire » devient le théâtre d’une lutte de pouvoir triangulaire entre l’Église, la bourgeoisie naissante et la Couronne de France.

Le premier axe fort de l’étude concerne la toute-puissance de l’Archevêque, véritable « roi en sa ville ». En tant que Primat des Gaules, il cumule autorité spirituelle et seigneurie temporelle, régnant avec le Chapitre de Saint-Jean sur une population qui commence à contester ce double joug. Charansonnet décortique les mécanismes de cette domination ecclésiastique, qui finit par se heurter aux ambitions économiques des marchands lyonnais.

Ces derniers, enrichis par le commerce et les foires, aspirent à une reconnaissance politique que l’Église leur refuse. L’ouvrage montre avec brio comment les bourgeois lyonnais, par pur pragmatisme, vont solliciter l’intervention du Roi de France. Ce n’est pas un élan de patriotisme qui les pousse vers les Capétiens, mais la volonté d’obtenir des libertés municipales. En appelant Philippe le Bel à leur secours, ils ouvrent la porte à l’influence française.

L’intervention royale est décrite non pas comme une invasion brutale, mais comme une lente infiltration juridique. Les juristes de Philippe le Bel, experts en droit romain, multiplient les manœuvres pour justifier la souveraineté française sur Lyon. Cette stratégie aboutit au siège de 1310 et au Traité de Vienne en 1312, marquant l’intégration officielle de la ville au Royaume. Ce basculement géopolitique transforme Lyon en une place forte stratégique face à l’Empire et à la Savoie.

Enfin, l’ouvrage souligne que ce rachat de souveraineté débouche sur un compromis historique : la Charte Sapaudine de 1320. Ce document fondateur offre aux Lyonnais le droit d’élire leurs consuls et de gérer leur cité, scellant une alliance durable entre la bourgeoisie locale et le pouvoir royal. En refermant ce livre, on comprend que l’identité lyonnaise — faite d’indépendance d’esprit et de sens des affaires — est le produit direct de cette transition mouvementée entre deux puissances impériales.

Les Actes du 55ème congrès de la SHMESP de 2023 : Modèles et expériences ascétiques dans les sociétés médiévales, Editions de la Sorbonne, 2023

Ce livre redéfinit l’ascèse non pas comme une simple mortification, mais comme une « technique de soi » visant à transformer l’individu par l’exercice constant (askêsis). Les auteurs explorent comment l’ascète cherche à dépasser sa condition humaine pour atteindre un état « angélique » en se libérant des besoins physiologiques (faim, sommeil, désir). L’ouvrage souligne que cette démarche, bien que personnelle, s’inscrit toujours dans un cadre social : l’ascèse est un langage visuel et comportemental qui doit être reconnu par la communauté pour valider la sainteté de l’individu.

L’originalité du volume réside dans sa géographie élargie, incluant des études fascinantes sur l’Éthiopie chrétienne et l’Orient byzantin. Il montre que les modèles ascétiques circulent et s’adaptent, passant du désert solitaire aux cellules urbaines des ordres mendiants. En analysant la tension entre les normes (les textes hagiographiques idéalisés) et les expériences (la réalité vécue des individus), les chercheurs mettent en lumière la diversité des pratiques : certains utilisent l’ascèse comme un outil de pouvoir politique, tandis que d’autres y voient un moyen de contestation de la richesse de l’Église.

Enfin, l’ouvrage accorde une place centrale à la matérialité du renoncement. Le corps de l’ascète devient un support de signes (maigreur, vêtements de bure, marques de pénitence) qui matérialise l’invisible. L’ascèse est ainsi présentée comme un moteur de civilisation au Moyen Âge, façonnant non seulement la spiritualité, mais aussi l’art, l’architecture et les structures d’autorité. C’est un « fait social total » qui permet de comprendre comment l’homme médiéval tentait de concilier son existence terrestre avec ses aspirations au divin.