BD, Tome I, Procès-verbal de l’Assemblée générale tenue à Montbrison le 12 décembre 1878, pages 65 à 88, La Diana, 1878.

 

ANNEE 1876

______

BULLETIN DE LA DIANA

(N° 4)

________

Procès-verbal de l’Assemblée générale tenue à Montbrison le 12 décembre 1878

PRÉSIDENCE DE M. TESTENOIRE LAFAYETTE, PRÉSIDENT.

Sont présents :. MM. Brassart, Crozier, représentant la Chambre des Notaires, Duguet, Durand, Granger, Huguet, Jeannez, Morel, du Mesnil, des Périchons , Poinat, F. Rony, L. Rony, G de St Genest, de Turge, de Vazelhes, Versanne

Allocution de M. le Président

M. le Président remercie les membres présents d’avoir bravé les rigueurs de la saison pour assister à la séance. Deux motifs principaux ont déterminé le conseil administratif à convoquer l’assemblée générale : il a voulu lui soumettre le budget de 1879 en temps utile, e l’entretenir, avant l’expiration des délais d’appel, du procès soulevé par le changement des inscriptions commémoratives placées sur la façade de la Diana.

Avant d’aborder ces deux points, M. le Président croit devoir indiquer sommairement plusieurs autres questions dont le Conseil administratif a eu à s’occuper depuis la dernière assemblée générale.

Au nombre des manquants les plus regrettables de la bibliothèque figuraient les tomes XXXIX et XLII des Acta Sanctorum ; toutes les recherches faites pour les retrouver ont été inutiles, et le Conseil a pensé qu’un ouvrage aussi important ne pouvait rester plus longtemps incomplet. Mais il était à craindre que le remplacement de deux volumes isolés ne fût très difficile, ou du moins très coûteux.

Grâce aux démarches personnelles de M. Octave de Viry, qui a bien voulu se charger d’en négocier lui-même l’achat, ces deux volumes ont été gracieusement cédés au prix de souscription par l’éditeur, M. Palmé ; rien n’empêche donc plus de donner à la collection entière la reliure dont elle a un pressant besoin.

Le sceau de la Société, gravé en creux, est d’un usage peu commode. Le Conseil a voté la confection d’un timbre humide, dont le secrétaire a donné le dessin, et qui sera apposé à toutes les pièces auxquelles il ne sera pas nécessaire d’imprimer un caractère exceptionnellement solennel d’authenticité, (1)

_______________

(1) Ce sceau représente les armes de Forez dans un cercle de crosses végétales et de fleurons, avec la légende : Sigillum Parvum SODALITII DECANATVS MONTISBRVSONIS.

_______________

Le Conseil, dans l’intérêt d’une, bonne administration, a décidé que les cotisations de l’année 1877 non encore acquittées seraient recouvrées avant la fin de l’année courante et que celles de 1878 seraient demandées aux. Sociétaires le1er mai prochain, de manière à faire disparaître tout arriéré.

La réimpression de la Comédie Francoyse de Benoît Voron, votée par l’Assemblée Générale du 4 juin dernier, est terminée et cet opuscule, édité sous la direction et avec le concours généreux de notre savant collègue, M. le conseiller Benoît, sera distribué aux membres présents.

Plusieurs sociétaires, admis dans la compagnie depuis sa réorganisation, ont demandé à acquérir les premiers volumes des Mémoires de la Société, qu’il est devenu fort difficile de se procurer dans le commerce. Le Conseil, attendu le nombre très restreint des exemplaires dont la Société peut disposer, en a fixé le prix à vingt francs par volume, et décidé, qu’ils seraient cédés aux sociétaires dans l’ordre, des demandes.

La publication des fresques de Saint Bonnet continue à faire l’objet des études de la Commission nommée à cet effet. Sur la proposition de celle-ci, un crédit pour ces études sera demandé au budget.

La Société n’a point été officiellement informée de, l’octroi de la statue du comte Jean. Ier, mais elle a les meilleures espérances que le vœu qu’elle a soumis au gouvernement sera pris en considération.

On sait que le comte Jean Ier avait reçu de l’Empereur Henri VII de Luxembourg, pour prix de ses services militaires, la ville et seigneurie de Soncino en Lombardie. Le bureau de la Diana a eu l’idée de se mettre en rapport avec M. le Syndic de Soncino, pour savoir s’il n’existerait point, dans cette ville, quelque ancien portrait de Jean 1er ou quelque titre relatif à son administration. Cette démarche a valu à la Société, de la part de M. le comte Francesco Galantino, chargé par M. le Syndic de lui répondre, l’envoi d’une Histoire de Soncino, en trois volumes, dont il est l’auteur, et une lettre des plus aimables, contenant la réponse aux questions posées par le bureau.

On ne connaît pas à Soncino de portrait de Jean Ier et les archives de la ville, détruites en grande partie par le feu en 1576, ne conservent aucun titre qui se, rapporte à son gouvernement.

Mais l’ouvrage de M. le comte Galantino met en lumière un autre fait peu connu qui intéresse directement l’histoire du. Forez : c’est le don de la seigneurie de Soncino fait, en 1515, par François Ier à notre compatriote Artus Gouffier de Boisy, Grand-Maître de France, le même à qui l’on doit la construction du corps de logis et des galeries du château de Boisy. On retrouve avec surprise, en Forez, les noms de plusieurs anciennes familles de Soncino. S’il n’y a pas là une ressemblance fortuite, on peut supposer que Jean 1er avait attiré dans son comté un certain nombre de. ses sujets italiens. C’est un champ tout nouveau ouvert aux recherches des généalogistes.

La Société avait exprimé le vœu que des travaux complémentaires fussent exécutés au porche de l’abbaye de Charlieu, et que des mesures préservatrices fussent adoptées pour le triptyque d’Ambierle. Il a été donné satisfaction à la première de ces demandes et la seconde, accueillie avec faveur par M. le Ministre de l’Instruction Publique et des Beaux Arts, a donné lieu à un rapport de M. Denuelle concluant à la réparation du triptyque, d’Ambierle aux frais de l’État.

Les projets de restauration de l’église cistercienne de la Bénisson Dieu sont aussi en bonne voie. Une reconnaissance des travaux à exécuter vient d’être par M. Selmersheim, architecte des monuments historiques, assisté de M. Jeannez, délégué par la Société. La Compagnie voudra sans doute exprimer à cet excellent collègue toute sa gratitude pour le zèle qu’il apporte à la conservation de notre patrimoine artistique.

Le Conseil a ordonné la réimpression des Statuts de la Diana : il y sera joint un extrait des principales décisions intervenues pour régler les droits et les devoirs des Secrétaires ; un exemplaire en sera remis à chaque nouveau membre.

Depuis l’année dernière, le service de la bibliothèque a été confié à M. Gabriel Garnier, par suite de la démission de M. le baron de Rostaing, conservateur.

Le catalogue peut être considéré comme terminé ; mais le retard subi par la rentrée des cotisations de 1877 et 1878 n’a pas permis d’engager les frais d’impression. Il sera publié dans le courant de 1879.

M. le comte de Poncins a bien voulu faire don, à la bibliothèque, de la Diana, de la table de l’Histoire des ducs de Bourbon et des comtes de Forez, par la Mure, qu’il a établie, sur cartes, à la condition qu’on lui en ferait exécuter une copie, pour laquelle il a mis une certaine somme à la disposition de la Société. Le Conseil administratif a déjà remercié comme il le devait M. de Poncins du puissant instrument de travail qu’il met, ainsi aux mains des lecteurs. Des mesures vont être prises pour lui fournir la copie qu’il désire: le conseil espère même faire exécuter cette copie en double, le second exemplaire devant rester à la Diana.

Le nombre des membres de la Compagnie continue à suivre une marche ascendante. Depuis les dernières nominations notifiées par la voie du Bulletin, le bureau a prononcé l’admission de sept nouveaux membres titulaires, MM. de Beauvais, Coadon, Condamin, Epitalon, Gay, Girodon, Vernay, et d’un membre correspondant, M. Bégule.

D’autre part, la Société a eu la douleur de perdre un de ses membres fondateurs, M. Henry Thiollière, de St-Chamond.

M. Majoux, ancien maire de Montbrison, ancien secrétaire de la Société, a donné sa démission.

M. le Président exprime tous les regrets que lui fait éprouver la détermination de cet honorable confrère.

Enlèvement des inscriptions commémoratives placées à l’extérieur de la salle, et procès soutenu à cette occasion par la Société.

M. le Président donne lecture du rapport suivant qu’il a présenté au conseil d’administration dans la séance du 8 de ce mois:

Affaire des inscriptions commémoratives. – Rapport de M. Testenoire-Lafayette, Président, au Conseil d’administration de la Diana.

« Le jugement rendu le 19 juillet 1878, par le tribunal civil de Montbrison, entre la Société de la Diana, et MM. Levet, propriétaire à Montbrison et maire de la ville, et Daphaud, marbrier, a été signifié, le 19 novembre dernier, au président de la Diana. Il y a donc lieu. de prendre une résolution au sujet de cette affaire dont voici le bref résumé:

« Le bâtiment de la Diana, devenu propriété particulière, depuis 1791, servait d’écurie et de fenil, et était, en 1860, dans un état de ruine imminente. Il fut signalé à l’intérêt du gouvernement et de la ville de Montbrison, par quelques Foréziens qui formèrent ensuite le premier groupe de la Société de la Diana, créée à l’occasion de la restauration de cet édifice, dont elle a pris le nom. C’est par les soins et les démarches de cette Société qu’ont été obtenues des allocations importantes ; de telle sorte que, les dépenses totales d’achat et de réparation s’étant élevées en chiffres ronds à 100.000, francs, les subventions de l’Etat ont été de 80.000 francs environ. Aussi a-t-i1 toujours été entendu que la Société de la Diana aurait, tant qu’elle existerait, la jouissance du bâtiment de la Diana et de ses annexes, et que la ville de Montbrison en serait nu-propriétaire. Cet état de choses a été régularisé et consacré par un traité entre la ville de Montbrison et la Société de la Diana, intervenu le 11 avril 1876, et approuvé par M. le Préfet de la Loire, le 15 du même mois.

Les principaux travaux de restauration étaient terminés en 1866 et, sur la façade reconstruite, avaient été placées extérieurement deux plaques en marbre noir, portant les inscription suivantes:
« À gauche,

NAPOLEONE – 111 – AUGUSTO – IMPERANTE
AUSPICIIS – ET – MUNIFICENTIA – PRÆCLARI
DUCIS
F – DE – PERSIGNY
DIA-NA – NOSTRA – FORENSIS,
PLAUDENTE – CIVITATE – GAUDENTE
SCIENTIA
INSTAURATA – SURREXIT
ANNO M – DCCC – LXVI.


« À droite

HOC MONUMENTUM
VETERUM DECORI DECATUM NOVORUM
STUDIO PARATUM
CIVITAS MONSBRISONENSIS
CURANTE URBIS PRÆ.EFECTO D J M
MAJOUX
REÆDIFICAVIT
ANNO M DCCC LXVI.
DELINEAV D VIOLLET LE DUC AD OPUS
PARAV D L MAZERAT

« Au commencement du mois de Mars 1878, le bruit se répandit et les journaux annoncèrent, que le Conseil municipal de Montbrison avait décidé que ces inscriptions seraient enlevées et remplacées. A cette nouvelle, que rien ne faisait prévoir, le président alla trouver M. le Maire de Montbrison, et, ayant reçu de lui la confirmation de ce fait, le pria de lui notifier la délibération du conseil et lui dit. que dans une réunion très prochaine la Société nommerait des délégués, pour s’occuper de, ces inscriptions et, s’en entendre avec l’administration municipale.

« Le 9 mars, M. le Maire adressait au président ampliation d’une délibération du conseil Municipal ainsi conçue :

« Le Conseil, vu l’article 1er de la loi du 21 nivôse an Il, lequel est ainsi, conçu :

« Les inscriptions de tous les monuments publics seront désormais en langue française ;

« ARRÊTE que les deux plaques en marbre noir placées sur la façade de la salle de la Diana, contenant des inscriptions latines seront remplacées par deux autres qui porteront les inscriptions suivantes
«La 1ère : Bibliothèque de la ville de Montbrison :

« Et la 2e : Diana, avec la date de l’érection du monument, et celle de la restauration. »

Le 11 avril, la Société nommait une commission de trois membres pour étudier la question ; mais cinq jours, après, c’est à dire le 16 avril 1878, les inscriptions étaient enlevées en vertu d’un arrêté de M. le maire de Montbrison, du 13 du même mois, non revêtu dé l’approbation préfectorale requise par, l’article 19 de la loi du 18 juillet 1837. Le président de la Diana ne recevait la lettre qui l’avisait de cette exécution qu’à l’heure même où elle était accomplie. 11, rie lui restait qu’à protester et à saisir le conseil administratif de l’atteinte violente portée aux droits de la Société.
« Le Conseil d’administration, réuni le 25 avril 1878, considérant que la ville de Montbrison n’était pas engagée par cet arrêté irrégulier, a autorisé le président de la Société à assigner pardevant la juridiction civile, M. Levet, non comme maire de Montbrison, mais en son nom personnel, et M. Daphaud marbrier, qui avait descellé les plaques, pour en voir ordonner le rétablissement.

« L’instance ainsi engagée allait être jugée par le tribunal civil de Montbrison ; le 19 juillet, le matin même du jour fixé pour l’audience, M. Levet fit communiquer officieusement copie d’un nouvel arrêté pris par lui comme maire, le 5 juin 1878, approuvé le 8 du même mois par M. le Préfet de la Loire: cet arrêté ordonnait la pose de deux nouvelles inscriptions ainsi conçues

« Diana, construite vers l’an 1300 et restaurée en 1866

« Bibliothèques de la Société de la Diana et de la ville de Montbrison. »

« Ces plaques avaient été posées l’avant veille, à la place des anciennes. Il faut ajouter que, dès le 28 juin, le ministre de l’Intérieur avait adressé au préfet de la Loire une lettre approuvant la pose et la teneur de ces nouvelles inscriptions. I1 résulte aussi de l’approbation préfectorale que le ministre de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts avait reconnu, par une lettre du 28 mai précédent, que la voûte seule de la Diana est classée comme monument historique : d’où l’on a tiré, à tort ou à raison, la conclusion que le reste de l’édifice est purement communal.

« C’est en cet état que le tribunal de Montbrison a rendu, le 19 juillet 1878, un jugement dont voici les motifs et le dispositif :

« Attendu que M. Testenoire Lafayette justifie, par la production des statuts, procès verbaux et délibérations de la Société de la Diana, qu’il avait reçu pouvoir d’intenter l’action dont le tribunal est saisi,

« Attendu que l’enlèvement des plaques commémoratives de la Diana a été effectué le 16 avril dernier, en vertu d’un arrêté du 13 du même mois, émané de M. Levet agissant comme maire de la ville de, Montbrison;

« Attendu il est vrai, que cet arrêté n’avait pas été approuvé par le Préfet, mais que cette omission ou irrégularité ne saurait lui faire perdre le caractère administratif ;

« Attendu en effet qu’aux termes de l’article 11 de la loi du 18 avril 1837, les arrêtés des maires ont force de loi et autorité par eux mêmes, et l’approbation préfectorale n’est qu’un droit de contrôle et de révision institué dans l’intérêt de l’ordre public;

« Attendu que les tribunaux civils ne peuvent ni interpréter les actes administratifs, ni en apprécier la validité, que cette règle fondamentale de la séparation des pouvoirs ne va pas jusqu’à obliger l’autorité judiciaire à procurer l’exécution d’actes viciés d’illégalité, mais leur interdit incontestablement d’annuler directement les décisions prises par un administrateur en cette qualité;

« Par ces motifs

« Ouï le ministère public . en ses conclusions conformes,

« Le tribunal, jugeant en matière ordinaire et à charge d’appel

« Admet comme régulière en la forme l’action introduite par M, Testenoire ; mais se déclare incompétent pour en connaître au fond, tant vis à vis de Daphaud que vis à vis de Levet;

« Renvoie le demandeur à se pourvoir devant qui de droit et le condamne aux dépens de l’instance. »

« Deux questions sont soumises au Conseil d’administration.

« 1re QUESTION : Y a t il lieu, de la part de la Société de la Diana, à interjeter appel du jugement du 19 juillet 1878 ?

« 2e QUESTION : Y a t il lieu de la part de la Société de la Diana à se pourvoir contre la ville de Montbrison , maintenant régulièrement engagée, et quelle mode d’action faudra t il employer ?

« Sur la 1re Question, des jurisconsultes estiment que le jugement du 19 juillet devrait être réformé en ce qui touche la condamnation de la Société aux frais de l’instance, parce que le premier arrêté du maire était nul, faute d’approbation préfectorale, et qu’en conséquence, la Société avait bien procédé jusqu’à ce qu’elle a eu connaissance du second. Mais on ne parviendrait pas, par cette voie, à. obtenir la remise des lieux en l’état primitif. Les dépens dont on obtiendrait la décharge seraient plus que compensés par les honoraires et faux-frais d’appel.

« Je propose donc de renoncer à appeler de ce jugement.

« Sur la 2è Question, les jurisconsultes dont l’avis a été demandé, pensent que la Société doit se pourvoir devant le Conseil d’Etat pour lui faire prononcer la nullité de l’arrêté du maire, du 13 avril 1878, en se fondant : 1° sur l’irrégularité de l’arrêté, qui a été exécuté sans avoir reçu l’approbation de l’autorité préfectorale, et avant l’expiration des huit jours après la remise de l’ampliation constatée par les récépissés donnés par le Sous Préfet, ce qui constitue une violation de l’article 11 de la loi du18 juillet 1838; et 2° sur ce que cet arrêté viole un droit appartenant,à la Société.

« Après l’annulation de cet arrêté, qui parait certaine aux avocats consultés, la Société actionnera la ville de Montbrison devant le tribunal civil, pour la faire condamner à remettre les lieux en l’état, et à payer des dommages intérêts, la commune ayant outrepassé son droit, et n’ayant pu modifier la chose sur laquelle la Société avait un droit, sans le consentement de cette dernière.

« Les Conseils estiment même que la Société pourrait dès à présent, actionner, sans ce préliminaire, la commune de Montbrison devant le tribunal civil,, celui-ci étant, compétent pour connaître du préjudicë porté par un arrêté, même régulier, aux droits d’un tiers.

« Cela exposé, j’invite le Conseil d’administration à. délibérer sur les questions qui lui sont soumises.

« Montbrison, le 3 décembre 1878.

« Le Président,

« TESTENOIRE LAFAYETTE.»

À la suite de ce rapport, le Conseil d’administration a pris la délibération suivante :

« Le Conseil d’administration de la Diana,

« Vu sa délibération du 25 avril 1878

« Vu les arrêtés du maire de Montbrison en date des 13 avril et 5 juin 18,78 ;

« Vu le jugement rendu par le tribunal civil de Montbrison, en l’instance introduite par là Société contre MM. Levet et Daphaud, ledit jugement en date du 19 juillet 1878

« Vu l’article 6 des statuts de la Société homologués par le Conseil d’Etat;

« Ouï le rapport de M. le Président

« En ce qui touche l’instance introduite directement contre MM. Levet et, Daphaud

« Délibère qu’il n’y a pas lieu d’appeler du jugement du 19 juillet 1878 et, qu’il sera demandé à l’Assemblée, générale un crédit, pour payer les frais de cette instance.

« En ce qui touche une nouvelle instance à introduire contre la ville de Montbrison:

« Approuve et renouvelle les protestations faites par le président de la Société et par le Conseil lui même, contre l’enlèvement et le remplacement, exécutés par la municipalité de Montbrison, des plaques contenant les inscriptions commémoratives placées sur la façade de la Diana;

« Réserve expressément les droits et actions de la Société de la Diana aux fins de faire réformer, les arrêtés municipaux et délibérations attentatoires à ses droits ; faire replacer les inscriptions enlevées, et obtenir réparation des dommages causés à la Compagnie pour lesdits droits et actions être exercés aux époques et suivant le mode qui seront ultérieurement déterminés. »

Messieurs, dit M. le Président en terminant cette lecture, vous venez d’entendre le rapport de votre président et la délibération de votre conseil d’administration sur la regrettable affaire de l’enlèvement des plaques commémoratives de la Diana. Le Conseil tient à soumettre cette délibération à votre approbation.

Suivant les avis compétents dont il vous a été donné connaissance, la municipalité de Montbrison a outrepassé ses pouvoirs et les droits de la ville, et n’a pas respecté les droits de jouissance régulilrement et justement acquis à la Société de la Diana.

Elle l’a fait par un coup de force, alors que les deux corporations étaient en bons rapports, et que la Société de la Diana était prête à s’entendre avec elle pour modifier, s’il y avait lieu, les inscriptions encastrées d’un commun accord sur la façade du monument, lors de sa restauration. Ces inscriptions rappelaient les noms de l’architecte célèbre qui a présidé à ce beau travail, du magistrat municipal qui a signalé l’un des premiers l’édifice à sauver. et en a négocié l’acquisition par la ville, et d’un ministre, enfant du Forez, sans lequel ni le monument ni la Société de la Diana existeraient aujourd’hui. Les plaques nouvelles taisent ces noms.

La Société de la Diana a protesté publiquement et judiciairement contre ces actes empreints, à Ses yeux, d’irrégularité et d’ingratitude ; ils ne sauraient lui être imputés à aucun degré; l’opinion publique a été mise à même de s’éclairer.

Si vous approuvez la délibération de votre Conseil qui renouvelle ces protestations, et réserve tous les droits et actions de la Société pour les exercer aux époques et suivant le mode qui seront ultérieurement déterminés, nous reprendrons l’ordre de nos travaux, en nous occupant des intérêts scientifiques qui sont notre but et notre satisfaction,

M. le Président invite ensuite l’assemblée à délibérer sur la communication qui vient de lui être faite.

M. Crozier, représentant de la Chambre des notaires, demande la parole. Il approuve la décision prise par le Conseil administratif et les paroles sages et conciliantes par lesquelles M. le Président rend justice à des hommes qui doivent rester chers à. tous les membres de la Société, sans acception d’opinion politique, et dont les noms auraient dû être maintenus sur le frontispice d’un monument sauvé et, restauré par leurs soins. À cette occasion, il ne peut même s’empêcher d’exprimer un regret : c’est que la proposition d’un changement se soit produite au sein de la Société, ce qui a fourni à la ville un prétexte à l’enlèvement des anciennes inscriptions.

M. le Président répond que des documents officiels établissent que le projet de supprimer ces inscriptions et les noms qu’elles portaient a été l’objet d’une proposition faite au Conseil municipal dès le mois d’octobre 1870. Ce projet n’a.donc pas pris, naissance dans l’échange d’idées qui a pu avoir lieu, au sein du conseil administratif, sur la convenance de modifier la teneur des inscriptions. M. le Président fait remarquer que la Société de la Diana s’est toujours montrée respectueuse des droits d’autrui, et, en parlant de ces, modifications, a déclaré vouloir s’en entendre avec la ville, tandis que celle ci n’a tenu aucun compte des dispositions de la Société à opérer d’un commun accord les changements qui pouvaient sembler nécessaires.

Parmi les noms gravés sur les tables commémoratives qui ont disparu, les uns avaient la valeur d’une simple date. Les autres rappelaient des services que la Société ne saurait oublier sans ingratitude ; il n’a jamais été question de les supprimer. Ce qu’on désirait voir rectifier, c’était d’une part la forme, et de l’autre certaines inexactitudes matérielles, telles que le mot reœdificavit appliqué à la restauration de la salle, dont la haute valeur archéologique tient au contraire à ce que sa précieuse voûte peinte est arrivée à peu près intacte jusqu’à nous.

Après ces explications, M. le Président demande à l’assemblée de faire connaître par un vote formel si elle ratifie la délibération prise le 3 courant par le conseil d’administration.

Il est passé au vote qui est suivi de la contre-épreuve, et la délibération du 3 décembre est approuvée à l’unanimité.

Statue du comte Jean Ier

M. Crozier exprime la crainte que les vues de la Société relativement à la statue du comte Jean Ier ne soient traversées par l’administration municipale de Montbrison, sous le prétexte que la Compagnie ne se serait point assuré de son agrément préalable avant de demander au gouvernement cette statue, destinée à la décoration d’un édifice communal dont elle n’a que la jouissance. Il ajoute que certains articles de journaux récemment publiés au sujet de cette statue sont de nature à éveiller les susceptibilités du corps municipal.

M. lé Président, en réponse à cette dernière observation, déclare que le bureau n’ayant fait,, sur cette question, de communication d’aucun genre à la presse périodique, n’a pas à s’occuper des nouvelles et des appréciations plus ou moins fondées que celle ci peut mettre en circulation.

La Société ne saurait en être rendue responsable. Quant à la demande soumise à M. le maréchal de.Mac Mahon; lors de sa visite à la Diana M. le Président pense n’avoir manqué à aucune convenance, ni méconnu aucun droit en exprimant à cette occasion le vœu que la France accorde à un de ses plus glorieux enfants le comte Jean Ier de Forez, l’honneur d’une statue qui ne saurait être mieux placée que sur un monument construit par ses ordres.

Ce vœu, tout Forézien et même tout Français était en droit de l’émettre ; car le comte Jean Ier, homme de guerre, homme d’Etat et justicier, n’a pas seulement laissé dans notre Forez, dont il étendit pacifiquement les limites, le souvenir d’une longue et sage administration, mais, il a encore bien mérité du pays tout entier, en contribuant pour une large part à l’incorporation définitive dé Lyon à la nationalité française.

M. le Président ne peut supposer un instant que administration municipale veuille priver la ville de Montbrison d’une œuvre d’art due au ciseau d’un éminent compatriote, et consacrée à la mémoire d’un illustre Montbrisonnais ; bien moins encore peut-il croire que le cadre municipal, en se montrant contraire aux intentions bienveillantes du gouvernement, veuille paraître obéir à des sentiments hostiles envers la Société, au moment où celle-ci, mettant en oubli des griefs récents, renonce à faire valoir des droits qu’elle croit certains, pour ne se souvenir que de ses bons rapports traditionnels avec la ville.

Ce n’est pas de la Société que viendra jamais rien qui puisse altérer ces bonnes relations.

Approbation des comptes du Trésorier.

M. le Trésorier, retenu par une indisposition, n’a pu assister à la séance. Il est donné lecture par le.Secrétaire de ses comptes pour l’exercice 1878, qui font ressortir un excédant de recettes de 1079 fr. 23. (Voir à. la suite du procès-verbal, annexe n° I.)

Ces comptes ne donnent lieu à aucune observation Ils sont approuvés par l’Assemblée.

Vote du budget de 1878.

M. le Président soumet à l’Assemblée le projet de budget pour 1879 élaboré par le conseil d’administration.

M. Jeannez a la parole sur les articles 13 et 14 du chapitre des dépenses. Il explique que la commission spéciale chargée d’étudier les moyens de publier les fresques de St-Bonnet-le-Château, croit nécessaire de faire procéder avant tout à un relevé photographique de toutes les parties de cette admirable décoration. Un tel relevé sera à la fois le document le plus authentique qui puisse faire foi au temps à venir de l’état actuel des fresques et la base la plus sûre d’une reproduction figurée. Mais, la crypte de St-Bonnet ne recevant de l’extérieur qu’un jour insuffisant, il faudra y suppléer par l’emploi de la lumière électrique, ce qui augmentera sensiblement la dépense. La commission demande en conséquence à l’Assemblée de lui ouvrir un crédit de 500 fr.

En ce qui touche le crédit de 200 fr. formant l’article 14, M. Jeannez fait observer que les cartons du ministère ne contiennent presque aucun renseignemerit graphique sur les monuments de la Loire. Cette absence de plans et dessins est tout ce qu’il y a de plus fâcheux pour ces monuments dont plusieurs sont très remarquables et attireraient certainement l’attention protectrice. et les subventions de l’État, .s’Ils étaient mieux connus. La Société ne peut donc rien faire de plus utile que de compléter les dossiers existant au ministère, par l’envoi d’un certain .nombre de photographies des monuments déjà classés comme historiques et de ceux qu’elle, juge dignes de prendre place dans la même catégorie.

M. le Président’, au sujet de l’article 17, Frais du procès soutenu contre MM. Levet et Dahaud, dit que M. Louis Rony, avocat de la Société, lui a déclaré ne vouloir pas accepter d’honoraires, et que M. Maillon, avoué, a également réduit sa note de frais à ses simples déboursés.

L’Assemblée remercie.ces excellents collègues du zèle aussi actif que désintéressé qu’ils ont apporté à la défense des intérêts de la Compagnie.

Le budget est adopté (voir à la suite du procès-verbal, annexe no II).

Vote de remerciements à MM. Jeannez et de Sévelinges.

M. le Président dit. que la Société a une autre dette de reconnaissance à payer envers M. Jeannez qui n’a épargné ni soins ni démarches, pour mener à bonne fin la mission qu’il a bien voulu accepter de suivre au nom de la Diana, auprès de l’administration des monuments historiques, les graves et délicates questions se rattachant à la restauration, du porche de Charlieu, de l’église de la Bénisson-Dieu et du triptyque d’Ambierle. Il propose de voter aussi des remerciements au vénérable M. de Sévelinges, l’historien de Charlieu, pour la part qu’il a prise à la conservation des monuments de sa ville natale.

L’Assemblée tout entière s’associe aux sentiments de gratitude qui viennent d’être exprimés par M. .le Président.

Don de M. Palluat de Besset.

Il est donné lecture d’une lettre de M. Palluat de, Besset, qui offre à la Société un exemplaire de son opuscule : Mémoire sur l’exploitation agricole des Gouttes, commune de Nervieux (Loire) pour concourir à la prime d’honneur du département de la Loire en 1871. St Etienne, Freydier, 1872, in 8•.,
Des remerciements lui sont votés par la Société,

Excursion archéologique à faire en 1879.

L’Assemblée décide que la prochaine excursion archéologique aura pour centre Montbrison et comprendra la visite de Chandieu et de St Romain-le Puy.

Elle nomme, pour faire partie de la Commission chargée, de régler les détails et de préparer le questionnaire de l’excursion, MM Barban, Gonnard, du. Mesnil, de Montrouge, Poinat, de Turge, de Vazelhes et du Sauzey.

Adjonction de deux membres à la Commission chargée d’étudier les moyens de publier les peintures murales de St Bonnet le Château.

À la demande des membres de la commission chargée des études préliminaires en vue, de la publication des fresques de Saint Bonnet-le-Château, MM. Bêgule et William Poidebard sont adjoints à cette commission.

Félicitations à la société littéraire de Lyon, à l’occasion du centième anniversaire de sa fondation.
À l’occasion du centenaire de la Société littéraire de Lyon, la Société de la Diana envoie à sa sœur aînée ses plus sincères et plus cordiales félicitations.

Annonce de la prochaine assemblée générale.

M. le Président rappelle que les pouvoirs du bureau et du conseil d’administration expirent le 10 juin 1879.

L’assemblée générale sera convoquée au printemps pour procéder à leur renouvellement.
La séance est levée.


Le Président, Le Secrétaire
TESTENOIRE-LAFAYETTE VINCENT DURAND

ANNEXE N° I.

Comptes des recettes et dépenses pour l’exercice 1878.

RECETTES

RECETTES

 

prévues au budget

réalisées

1. Encaisse au 1er janvier 1878

1.268 78

1.268 78

2. Cotisations à recouvrer: 1876

3.570 »

3.973 60

id. 1877

4.080 »

id. 1878

3.987 50

» »

3. Subvention de la ville

200 »

200 »

4. id. du Ministère

200 »

300 »

5. Intérêts de dépôts faits en banque

» »

36 »

 

13.306 28

5.778 38

 

DÉPENSES

DÉPENSES

 

prévues au budget

réalisées

1. Frais d’impression du IVe
volume des Mémoires

2.000 »

 

2.872,40

 

2. Frais d’impression de deux autres volumes

4.000 »

3. Frais d’impression du Bulletin

600 »

4. Frais d’impression du catalogue

800 »

» »

5. Reliures

1.000 »

» »

6. Achat de livres et abonnements

1.000 »

283 25

7. Etablissement d’une communication
entre la salle de la Diana et la salle
annexe

1.200 »

» »

8. Traitement du Conservateur :
solde de 1877

200 »

1.200 »

Traitement du Conservateur : 1878

800 »

9. Indemnité au concierge

100 »

100 »

10. Frais de bureau

200 »

181 95

11. Chauffage de la salle

200 »

61 55

12. Dépenses imprévues

200 »

» »

 

12.300 00

4.699 15

 

Recettes

5.778 38

Dépenses

4.699 15

Excédant de recettes :

1.079 23

 

ANNEXE N° Il.

Budget de 1879.

Recettes.

1. Excédant des recettes de l’exercice 1876

1.079 23

2. Cotisations à recouvrer sur 1875

90 »

3. Id. 1876

225 »

4. Id. 1877

3.919 »

5. Id. 1879

4.080 »

6. Id. 1878

4.065 »

7. Subvention de la ville

200 »

8. Id. du ministère

300 »

9. Vente des publications éditées par la Société

100 »

10. Intérêt de dépôts en banque

10 »

Total

14.068 23

Dépenses.

1. Traitement du bibliothécaire 1878

66 66

2. Id. 1879

800 »

3. Frais de bureau

200 »

4. Entretien de la salle

60 »

5. Chauffage

100 »

6. Indemnité au concierge

100 »

7. Solde d’impressions faites en 1878

500 »

8. Impression des Mémoires en 1879

2.000 »

9. Id. du Bulletin

500 »

10. Id. du Catalogue

800 »

11. Achat de livres et abonnements

2.000 »

12. Reliures

1. 000 »

13. Frais d’études en vue de la publication des fresques
de St-Bonnet-le-Château

500 »

14. Photographies de monuments historiques demandées par le ministère

200 »

15. Etablissement d’une communication entre la salle de la Diana et la salle annexe

1.200 »

16. Frais de fabrication de jetons de présence

950 »

17. Frais du procès soutenu contre MM. Levet et Daphaud

350 »

18. Frais de recouvrement et de banque

80 »

19. Dépenses imprévues

300 »

Total

11.706 66

 

Recettes

14.068 23

Dépenses

11.706 66

Excédant de recettes présumé

2361 57