BD, Tome IV, Procès-verbal de la réunion du 7 février 1887, pages 1 à 7, Montbrison, 1887.

 

JANVIER – AVRIL 1887

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BULLETIN DE LA DIANA

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I.

Procès verbal de la réunion du 7 février 1887.

 

PRÉSIDENCE DE M. VINCENT DURAND.

La séance est ouverte à deux heures.

Sont présents : MM. Achalme, M. de Boissieu, E. Brassart, comte de Chambost, Coudour, Desjoyaux, V. Durand, abbé Faury, Gonnard, Jacquet, Joulin, J. Le Conte, Maillon, vicomte de Meaux, Miolane, E. Morel, Puy de la Bastie, J. Rony, L. Rony, Alph. de Saint-Pulgent, Thiollier, abbé Versanne, abbé Virieux.

MM. le comte de Poncins, Testenoire-Lafayette et E. Jeannez ont écrit pour s’excuser de ne pouvoir assister à la séance.

Mort de Son Eminence le cardinal Caverot, président d’honneur de la Diana.

M. le Président prononce l’allocution suivante :
Messieurs,
Depuis notre dernière réunion, l’Eglise de France et le diocèse de Lyon ont fait une grande perte. Notre vénérable et saint archevêque. dont la verte vieillesse avait si longtemps paru supérieure aux atteintes de l’âge et aux labeurs écrasants de 1’èpiscopat, a succombé à la maladie qui, depuis un an, nous inspirait de trop légitimes inquiétudes.
La mort de Son Eminence le cardinal Caverot est un sujet tout particulier de deuil pour la Diana, dont il avait bien voulu accepter d’être le président d’honneur. Les soins multipliés du ministère pastoral ne lui permettaient pas d’assister a nos séances. Mais il aimait notre Société ; il daignait en faire l’éloge, et il voyait avec plaisir les ecclésiastiques s’y agréger.
C’est qu’en effet, Messieurs, la vocation sacerdotale a une merveilleuse affinité avec le culte des sciences historiques et archéologiques. Habitué, par éducation et par devoir d’état, à réfléchir avec maturité, à juger sans parti pris, à aller en tout au fond des choses, le prêtre est plus apte qu’un autre à acquérir un savoir vaste, sûr et bien ordonné. Il trouve dans l’étude des choses du passé un délassement qui sied bien à son caractère et qui le repose de l’austérité habituelle de ses travaux : otium cum dignitate. Si l’obligation de la résidence l’éloigne souvent des grandes bibliothèques, en revanche, il peut mieux que personne étudier bien des problèmes difficiles à résoudre de loin ; fouiller des archives ignorées profiter sur l’heure des découvertes, parfois très importantes, qu’amène le hasard de la pioche; sauvegarder et faire connaître le patrimoine artistique d’un pays. Est-il placé à la tête d’une paroisse? l’archéologie, c’est à dire la connaissance raisonnée du style et de l’âge des monuments, lui devient, j’ose le dire, indispensable pour apprécier la valeur des édifices religieux et du mobilier sacré dont il a la garde, discerner les travaux à entreprendre, et, chose plus importante et plus difficile encore, faire un choix judicieux de l’artiste chargé de les exécuter.
Ainsi pensait notre regretté cardinal et, par ses ordres, un cours élémentaire d’archéologie sacrée était professé aux élèves de son grand séminaire. Cet enseignement n’est pas resté stérile et, lors du récent congrès tenu à Montbrison, la Société française d’archéologie, par l’organe de son éminent directeur, en a proclamé bien haut les heureux résultats.
Des voix plus autorisées que la mienne rediront les vertus du prélat que nous avons perdu, sa piété, son zèle, sa charité digne de la ville si justement surnommée la ville des aumônes. Mais l’éloge de Mgr Caverot ne serait pas complet, ce me semble, s’il ne venait s’y joindre le témoignage des bonnes lettres, honorées de ses encouragements. Après avoir, comme fidèles, prié pour le repos de son &ne, comme membres de la Diana unissons-nous donc, Messieurs, pour adresser à sa mémoire un suprême et douloureux hommage de respect et de reconnaissance.

L’Assemblée s’associe unanimement aux regrets dont son Président vient de se faire l’interprète.

Dons.

M. le Président dépose sur le bureau plusieurs dons faits à la société.

M.Bertrand, de Moulins, a envoyé le moule à bon creux d’une statuette en bronze trouvée à Feurs vers 1838. Dans la lettre accompagnant ce don, M. Bertrand veut bien annoncer l’envoi prochain du moule d’une autre statuette trouvée à Feurs en même temps que la précédente, et de spécimens de vases et figurines en terre cuite découverts par lui dans le département de l’Allier.

M. Lachmann offre quelques-unes de ses oeuvres musicales ;

M. le chanoine Condamin, son livre sur Victor de Laprade ;

M. Parrocel, de Marseille, ses ouvrages sur l’art et les artistes du Midi ;

Madame J.-B. Martin, de la part de Madame de La Forge, un lot important de papiers anciens.

L’Assemblée vote des remerciements aux auteurs de ces différents dons.

Sculpture attribuées à Vaneau. Communication de M. Dubourg.

M. le Président donne lecture d’une intéressante lettre de M. Dubourg. Dans cette lettre, M. Dubourg recherche quel peut être l’auteur de sculptures sur bois recueillies par lui à Monistrol et dont il a offert des photographies à la Diana. A l’aide de déductions fort ingénieuses, il en attribue la paternité à Vaneau et croit qu’elles ont été exécutées par ordre de Mgr Armand de Béthune-Sully, évêque du Puy en 1662.

Un membre fait remarquer que le magnifique autel en bois sculpté de la chapelle de l’hôpital de Saint-Bonnet-le-Château est aussi attribué à Vaneau.

Statue de Victor de Laprade.

M. le Président annonce que la statue de Victor de Laprade a été livrée au fondeur pour être coulée en bronze ; la Société devra prochainement s’entendre avec l’administration municipale de Montbrison pour fixer le jour de son érection. Quelques personnes ont manifesté le désir de voir cette solennité coïncider avec le concours musical qui doit avoir lieu à Montbrison, au mois de mai prochain. Mais il ne semble guère possible d’être prêt à aussi bref délai, car outre les réparations dont la statue peut avoir besoin après la fonte, Il reste à disposer l’emplacement où elle s’élèvera et à construire le piédestal.

L’inauguration pourra se faire dans la belle saison, et la Société voudra sans doute choisir cette fête pour célébrer le vingt-cinquième anniversaire de sa fondation.

Assemblée générale annuelle et mise en recouvrement de la cotisation de 1887.

M. le Président fait connaître que le conseil administratif a l’intention do convoquer l’Assemblée générale annuelle dans les premiers jours d’avril. A partir de cette époque, la cotisation de 1887 sera mise en recouvrement.

Excursion archéologique à faire en 1887.

M. le Président invite la Société à déterminer le lieu, vers lequel sera dirigée l’excursion archéologique de cette année. Plusieurs projets sont en présence. M. Testenoire a écrit pour proposer Essalois et lieux circonvoisins. M. Jeannez a demandé dans la précédente séance une nouvelle visite à Charlieu. L’an dernier, M. Dusser avait émis le voeu que la Société visitât le Puy et la Chaise-Dieu.

L’Assemblée, consultée, donne la préférence à Essalois et nomme commissaires MM. Testenoire-Lafayette, Vier, Coadon, Gachet, F. Thiollier et J. Poinat.

La date de l’excursion sera ultérieurement déterminée par cette commission.

Photographies du château de Sury. – Communication de M.Thiollier.

M. Tbiollier fait circuler une vingtaine de photographies faites récemment par lui au château de Sury en vue de sa publication du Forez Pittoresque. Il explique l’embarras où il se trouve pour faire un choix entre des intérieurs tous très intéressants. Il ne peut cependant tout donner, car, à ce compte, mille planches ne suffiraient pas pour le Forez entier.

M. le Président dit que, pour Sury, il faut évidemment se borner à deux ou trois vues, que M. Thiollier saura bien choisir parmi celles les plus propres à donner une idée de la merveilleuse décoration intérieure de ce château. Sans doute, Sury mériterait à lui seul les honneurs d’une description spéciale, et il serait fort utile d’avoir des monographies complètes des principaux monuments du Forez. La Société de la Diana doit faire tous ses efforts pour obtenir à la longue ce résultat. Mais en attendant, le Forez Pittoresque permettra de se faire une idée d’ensemble de nos richesses. Non seulement ce livre reproduira les plus beaux sites de notre pays et ses aspects les plus caractéristiques, mais encore il formera une véritable statistique monumentale du Forez au XIX e siècle. Un grand nombre d’édifices détruits ou profondément modifiés depuis trente ans y seront décrits et figurés ; et la valeur de ceux qui nous sont parvenus intacts étant mise en lumière, leur conservation sera mieux assurée. Nul service plus important ne peut être rendu à l’histoire et aux arts. Que ne donnerions-nous pas aujourd’hui pour posséder un travail de ce genre fait à l’époque du bon La Mure M. le Président ne saurait donc trop vivement engager M. Thiollier à persévérer dans son oeuvre patriotique ; il a la ferme confiance que le concours de tous lui sera donné pour la mener à bonne fin.

M. le vicomte de Meaux s’associe aux paroles de M. Vincent Durand et dit que le devoir des membres de la Diana est de seconder, par tous les moyens possibles, l’oeuvre que M. F. Thiollier entreprend avec tant de zèle et d’abnégation : le prix de ce nouveau livre est trop élevé et les ressources de la Diana sont trop restreintes pour que la Société puisse l’offrir à ses membres, comme elle a fait pour la monographie de la Bastie ; mais Il est convaincu qu’un grand nombre d’entre eux voudront posséder ce monument élevé à notre chère province.