BD, Tome 58, Ph. PEYRON, 650 ans de présence cistercienne en Forez, La Bénisson-Dieu, Valbenoîte et Bonlieu, pages 16 à 50, Montbrison, 1999.

 

650 ans de présence cistercienne en Forez, La Bénisson-Dieu, Valbenoîte et Bonlieu

 

Les Cisterciens sont apparus en Forez en 1138, date à laquelle fut fondée l’abbaye de La Bénisson-Dieu au nord du comté par les soins de Bernard de Clairvaux, devenu ainsi le père immédiat du monastère.

Nous célébrons cette année le 9e centenaire de l’existence des moines blancs depuis l’arrivée des compagnons de Robert de Molesmes à Cîteaux. Cette étude a pour but de faire un rappel des connaissances sur leur passagede 650 ans en Forez ainsi qu’une mise au point bibliographique du sujet. La Bénisson-Dieu eut deux “soeurs foréziennes “ : Valbenoîte, abbaye masculine, près de Saint-Etienne, née dans les dernières décennies du XIIe siècle et Bonlieu, au centre de la plaine, créé pour des moniales de l’ordre vers 1200.

Trois monastères qui ici comme ailleurs ont marqué la société, l’économie et le paysage de leur temps, pour se fondre au cours des siècles dans le modèle général, réagir parfois par la réforme, mais sombrer ensuite avec le rationalisme révolutionnaire (1).

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1.- L’arrivée des moines blancs et des moniales cisterciennes en Forez : la naissance des abbayes.

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Une fondation est le résultat de trois volontés : celle d’un seigneur local qui offre une terre, si possible un fond de vallée, base de l’implantation future, celle bien sûr d’un supérieur cistercien sollicité ou non, l’initiative venant parfois d’une maison trop peuplée et désireuse d’essaimer, celle enfin d’un seigneur plus puissant protecteur, ici le comte, cet ordre pouvant s’inverser ou être simultané. Une bulle pontificale confirme l’exemption dont bénéficient les abbayes cisterciennes, mais rarement voyons-nous une charte de fondation, tout au plus un acte confirmatif tardif. Ce même schéma se retrouve en Forez.

A – La Bénisson-Dieu au nord, la première abbaye du comté.

Nous connaissons avec certitude la date de fondation de ce monastère (2) car le chanoine de La Mure a relevé au XVIIe siècle une inscription visible alors sur un mur du couvent (3). C’est officiellement le 29 septembre 1138 que la Bénisson-Dieu a vu le jour.

Quels en furent les fondateurs ? Une charte de 1187 confirme les donations antérieures de deux petits seigneurs locaux, Girin de Bonnefont et Pons de Pierrefitte, de terres dans le voisinage immédiat du monastère (4). Mais ces personnages furent-ils de simples donateurs parmi d’autres ou les initiateurs de la fondation ? La modestie de ces bienfaiteurs fait plutôt pencher pur la première hypothèse même si leur rôle fut déterminant pour les cisterciens.

La Bénisson-Dieu est une fille directe de Clairvaux. Il en existe de nombreuses preuves. Vers 1139-1140 saint Bernard écrit à Foulques, nouvel archevêque de Lyon afin que ce dernier protège l’abbé Albéric, premier supérieur du couvent contre les bénédictins de Savigny qui possédaient le prieuré voisin de Noailly (5). Bernard de Clairvaux a donc présidé de près ou de loin à la fondation de La Bénisson-Dieu. On évoque volontiers la halte qu’il aurait pu faire en Forez en 1138 à son retour d’Italie après son intervention dans le schisme opposant Anaclet au pape Innocent II (6). Mais rien ne prouve que l’abbé de Clairvaux soit venu à La Bénisson-Dieu, les visites régulières pouvant être assurées par un prieur ou autre moine claravallien étant donné l’immensité de sa filiation et de son activité après 1130. La Bénisson- Dieu n’en demeure pas moins la 30e fille de Clairvaux.

B – Valbenoîte, une abbaye stéphanoise, au sud.

Sa fondation pose plus de questions. La date de fondation la plus couramment diffusée est celle de 1184. Elle repose sur un acte de donation et de protection accordé par le comte Guy II et son fils en faveur du monastère. Considéré longtemps comme une charte de fondation (7). E. Fournial a cependant remis en cause l’authenticité de cet acte et prouvé que le document était un faux ou plutôt un acte interpolé (8).

Le document le plus ancien de l’histoire de Valbenoîte devenait donc un statut tiré des chapitres généraux de l’ordre pour l’année 1191 (9). Il s’agit d’une pénitence imposée à l’abbé trop souvent absent de son monastère. En recoupant divers éléments tirés des textes interpolés mais fiables, on peut alors déterminer une fourchette établissant la fondation de l’abbaye stéphanoise entre 1181 et 1191 (10). La date de 1184 demeure donc possible.

Mais d’autres éléments sèment le trouble. Le 21 août 1222, eut lieu à Valbenoîte la pose de la première pierre de Valbenoîte par Guy IV de Forez (11). E. Fournial constate que près de quarante ans séparent la fondation supposée de cet événement. Un temps plus ou moins long s’écoulait entre la décision d’établir un monastère et les premières constructions solides. Or, L. Bernard après une étude architecturale du sanctuaire de Valbenoîte, décèle deux campagnes de construction, la première vers 1210 et la seconde après 1222 (12). Si l’on rapproche cela d’un document du XVIIIe siècle présentant les abbayes cisterciennes par l’ordre de préséance de leurs abbés aux chapitre généraux, c’est à dire l’ordre de leur fondation, on trouve la date de 1213 pour Valbenoîte (13). Ce monastère aurait-il connu deux étapes de fondation ? Les années 1180-1190 auraient été celles de la mise en place d’un projet, alors que les années 1210 – 1222 seraient marquées par une implantation durable (14). Un même décalage existe à Bonlieu.

Les donateurs laïcs locaux sont Briand de Lavieu et Pons de Saint-Priest. Ils figurent dans l’acte interpolé de 1184 et suscitent le doute pour E. Fournial. Leurs familles sont anciennes et possessionnées dans la région de Saint-Etienne. N’avaient-elles pas intérêt à être les fondatrices d’une abbaye (15) ?

La paternité cistercienne est plus sûre. Le nom de Bonnevaux, 7e fille de Cîteaux apparaît régulièrement dans les statuts des chapitres généraux (16). Le fondateur cistercien est un disciple de saint Bernard, il s’agit de Hugues de Bonnevaux (1119-1194) déjà à l’origine de Silveréal (1173) en Camargue et de Valcroissant (1188) en Diois. C’est un personnage important de l’ordre de Cîteaux (17).

C – Un monastère féminin dans la plaine : Bonlieu.

Les origines du monastère de moniales sont peu précises. Bonlieu (18), selon la Gallia Christiana a vu le jour en 1199 à l’initiative de Guillème, épouse de Guy II de Forez, ces deux personnages y fondant leur anniversaire en 1211 (19). Les legs testamentaires des foréziens suivent, mais il faut attendre 1222 pour que le provisoire s’organise. Renaud de Forez, archevêque de Lyon et fils des fondateurs, agissant aux côtés de l’abbé de La Bénisson-Dieu et suivant les volontés maternelles, fixe à 30 le nombre des moniales lettrées et à 4 celui des converses. Aucune religieuse ne pourra être reçue contre de l’argent (20). Deux décennies ont été nécessaires pour organiser la vie monastique.

Si les fondateurs laïcs sont à chercher dans la maison comtale, il est bien difficile de déceler les filiations cisterciennes car les moniales blanches dépendent toujours d’une abbaye de moines. On a pensé que les moniales de Bonlieu pouvaient venir de Bellecombe en Velay, un des plus anciens couvents féminins de l’ordre et le plus proche (21), mais les premières moniales connues sont foréziennes (22). L’abbé de Mazan assumait donc la paternité de Bonlieu comme il était le père-immédiat de Bellecombe. Très vite cependant, c’est l’abbé de La Bénisson-Dieu qui assume cette charge. Il est qualifié de “provisor” du couvent féminin en 1222, c’est à dire pourvoyeur, ce qui en dit long sur la nature de sa fonction. Cette paternité est souvent exprimée. En mars 1284, elle est bien veillante. L’abbé cistercien donne la seigneurie directe sur plusieurs paroisses du voisinage de Bonlieu (23), mais en 1464 il s’agit d’y corriger les manquements à la discipline (24).

La Bénisson-Dieu et Bonlieu appartiennent à la famille claravallienne alors que Valbenoîte est dans celle de Cîteaux. Toutes trois sont cependant cisterciennes et à ce titre présentent des points communs.

II) L’épanouissement du modèle cistercien

A – Protections et spécificités cistercienne.

1 – Le rôle des comtes de Forez.

La famille comtale a été présente dans les trois fondations. Au XIIe siècle, le Forez n’a pas de monastères indépendants d’importance. C’est une terre de colonisation pour les abbayes bénédictines voisines : Cluny, La Chaise-Dieu, l’Ile-Barbe, Savigny ou Ainay. Les comtes, et Guy II en particulier, sont très attachés à l’ordre cistercien. C’est le jour de la Sainte-Croix 1182 qu’il se croise pour la Terre Sainte en l’abbaye de Cîteaux et c’est à La Bénisson-Dieu qu’il semble s’être retiré entre 1201 et 1204 (25). C’est de plus dans ce monastère qu’il élit sa sépulture. La Mure en a relevé l’épitaphe alors visible dans la salle du chapitre (26). Si ce geste n’atteste pas forcément une fondation comtale, il permet d’y voir une protection privilégiée pour ce qui fut la première maison religieuse du comté, d’autant plus que la tradition des sépultures allaient s’y établir un temps (27).

Bonlieu est une fondation comtale. Quel rôle y joua Renaud archevêque de Lyon? C’est plus en tant que légataire des volontés parentales qu’en tant que prélat qu’il intervient en 1222. L’immunité cistercienne s’oppose à ce qu’un évêque organise un monastère inscrit dans une filiation de l’ordre (28).

Lors de la pose de la première pierre de l’église de Valbenoîte, le 21 août 1222, c’est encore le comte de Forez qui agit (29). C’est une façon pour la maison comtale d’affirmer sa suzeraineté sur le Forez. Les libéralités outre les faveurs spirituelles qu’elles lui attirent, sont un élément de propagande politique. La Bénisson,-Dieu est fondé sur la frontière entre Forez et Mâconnais, en une zone aux limites floues. Les vicomtes de Mâcon, les Artaud, sont parmi les bienfaiteurs de l’abbaye (30), aussi le comte forézien tient à être présent au nord de son comté par de pieuses fondations. C’est peut-être aussi le cas de Valbenoîte, mais surtout à La Séauve, couvent de cisterciennes aux confins du Velay (31).

Aussi les donations comtales sont-elles nombreuses. Un certain nombre de granges monastiques en sont nées. En 1160, Guy II donne à La Bénisson-Dieu des terres situées entre l’Aix, Sainte-Foy, Saint-Sulpice et Nervieu, embryon de la grange de Riou, puis d’autres terres à La Brosse. Une charte confirmative accordée par Guy III en 1201 rappelle les donations comtales précédentes qui sont à l’origine de la grange de La Regardière dans les hautes chaumes, de Lina près de Mably et de Vèzelin dans la plaine auxquelles il faut ajouter Bigny près de Feurs, donnée par Guy II en 1206 (32).

Bonlieu n’a rien livré de l’origine de ses biens mais née d’une volonté comtale, on peut supposer que le meilleur de son temporel en émanait. A Valbenoîte, la manse des Gouttes citée en 1184, comme en 1222, est un bienfait du comte Guy II lui même. Son petit fils, Guy IV, réaffirme la protection de sa maison sur le monastère (33).

2- L’exemption pontificale.

Les cisterciens ayant toujours été, saint Bernard en tête, de puissants auxiliaires de la papauté, les pontifes leur l’ont rendu en faveurs, privilèges et protections.

Le 26 juin 1164, Alexandre III accorde depuis Le Puy, une bulle en faveur de La Bénisson-Dieu dans laquelle il rappelle celles de ses prédécesseurs, Innocent II et Adrien IV (34). Le privilège d’exemption y est réaffirmé. les cisterciens sont placés directement sous l’autorité pontificale ainsi que tous leurs biens. Ils sont dispensés de payer la dîme et l’excommunication sera prononcée contre leurs adversaires (35).

Le grand pontife, Innocent III accorde à nouveau la protection papale aux cisterciens foréziens, le 3 avril 1213, les exemptant totalement de l’autorité épiscopale (36), cette mesure n’empêcha pas, loin de là, les évêques d’apporter leur soutien et protection aux abbayes de Cîteaux (37).

Nous n’avons conservé aucun acte pontifical pour Valbenoîte, mais il en était de même (38), en revanche le fonds de Bonlieu a livré deux lettres d’Honorius III du 10 décembre 1224 consécutives à la charte de Renaud de Forez. Après un rappel des devoirs des moniales, le privilège d’exemption est rappelé. Les évêques doivent le respecter et le faire respecter (39). Grégoire IX promulgue une bulle similaire le 12 mai 1229, il y en aura d’autres (40).

3- Des noms et des sites cisterciens.

Parmi les éléments les plus caractéristiques de la spécificité cistercienne, il y a les noms que les moines donnent au lieu où ils s’installent en hommage à Dieu et à la Vierge puisque c’est sous son vocable qu’ils sont placés.

Les monastères foréziens n’échappent pas à la règle. La Bénisson-Dieu évoque la protection divine accordée à ce site. Il existe en Comminges une abbaye de ce nom (41). Il est à rapprocher de ceux de La Grâce-Dieu, La Merci-Dieu ou La Piété-Dieu.

Les deux autres toponymes célèbrent la nature bénéfique des lieux comme un remerciement à Dieu. Bonlieu se rencontre fréquemment chez les cisterciens, alors que le nom de Valbenoîte, le val béni, est à classer parmi les abbayes qui évoquent leur site de fond de vallée : Clairvaux, Vauclair, Valcroissant ou Bonnevaux (42).

Le choix du site est essentiel. Il détermine l’avenir du monastère, sa prospérité future. Les cisterciens de Forez ne semblent pas en avoir changé. Ils disposaient de l’eau nécessaire à la vie d’une communauté : la Teyssonne coule près de La Bénisson-Dieu, le Lignon chemine au sud de Bonlieu et le Furan borde Valbenoîte. Les deux abbayes masculines sont situées dans une vallée, site fréquent mais non obligatoire car l’eau seule importait. Par des biefs, elle était amenée jusqu’au monastère (43) et alimentait des roues à aubes, le Furan était jalonné de moulins.

Une vallée offrait en outre l’isolement et la rupture avec le monde. Elle favorisait le silence propice au recueillement et à l’humilité d’autant plus que leurs versants étaient couverts de forêts. Le bois qui en était extrait servait aux constructions, au chauffage ou à l’artisanat monastique. Il subsiste des lambeaux des forêts de La Bénisson-Dieu, celles de Valbenoîte existent en partie (44).

Mais ces terres souvent incultes, ces bois épais, ces broussailles et ces marécages, il fallait les bonifier, les dompter même, c’est à force de temps et de travail que les cisterciens et leurs hommes en vinrent à bout.

B – Le Moyen Age cistercien en Forez

1 – De l’indigence et fragilité des débuts…

La lettre de saint Bernard à l’archevêque Foulques déjà citée, comme celle d’Henri de Marsillac, autre abbé de Clairvaux, adressée à Alexandre III vers 1179(45) témoignent de la misère qui a présidée aux débuts de La Bénisson-Dieu. Ils sont les pauvres parmi les pauvres dit le premier, notre pauvre petite maison a été fondée en un lieu aride sur des terres stériles dit le second.

Cette précarité première est le lot de tout monastère car le temporel même lorsqu’il est important doit être valorisé, les bâtiments doivent être édifiés. L’abbatiale de La Bénisson-Dieu voit le jour dès 1140, selon A. Carcel. Ces difficultés expliquent les décennies de préparation nécessaires à l’existence de Valbenoîte et de Bonlieu, prieuré jusqu’en 1259 (46).

Un nouveau monastère doit aussi s’affirmer face à ses voisins. On a parlé de l’affrontement entre La Bénisson-Dieu et le prieuré de Noailly. les moines bénédictins, selon saint Bernard, multipliaient “les réclamations injustes et calomnieuses”, comme les gens de Bellecombe pourtant monastère e Cîteaux, outrepassaient leurs droits. La recherche de toutes les protections possibles n’était donc pas vaine (47). Forts des soutiens du siècle comme de l’Eglise, les cisterciens ont donc joué pleinement leur rôle dans la société médiévale forézienne.

2 – …au succès social des moines.

La Bénisson-Dieu, première maison religieuse du comté, occupe très vite une place à part. Son abbé, bien plus que celui de Valbenoîte, figure régulièrement lors des grands événements foréziens du XIIIe siècle (48). Il possède son sceau et un droit de titulature, témoigne aux côtés des comtes et des prélats, comme dans la charte de franchise octroyée par Guy IV aux habitants de Montbrison en novembre 1223 ou lors de la fondation de la collégiale Notre-Dame dans cette même ville (49). De même , il arbitre des conflits et reçoit des missions de son ordre (50).

Cependant à partir de 1270, le prestige de La Bénisson-Dieu s’émousse, l’abbé n’est plus le conseiller privilégié du comte, mais un supérieur de monastère parmi d’autres (51).

Le rayonnement d’un monastère se mesure à travers plusieurs paramètres, son temporel, nous le verrons, mais aussi son aire de recrutement. Un recensement des moines et moniales foréziens au Moyen Age permet certaines observations (52). Les abbés, surtout ceux de La Bénisson-Dieu viennent d’un vaste espace dépassant la province alors que les abbesses de Bonlieu sont issues pour l’essentiel de la plaine du Forez (53). Il en est majoritairement de même pour le moniales dont une partie est originaire de la bourgeoisie de Montbrison, du moins au XIIIe siècle (54). Les moines de Valbenoîte se recrutent surtout en Jarez, autour de Saint-Etienne et dans le haut Vivarais, alors que ceux de La Bénisson-Dieu proviennent du nord du Forez, mais aussi du Mâconnais, du Bourbonnais ou du Beaujolais. Plus la fonction est élevée et plus l’on vient de loin (55) et plus le monastère est important et plus son recrutement est large. Ceci n’empêche pas les échanges entre abbayes cisterciennes. Albéric, premier abbé de La Bénisson-Dieu vient de Clairvaux, Blanche de Lavieu professe de Bonlieu devient abbesse de La Séauve en 1388, etc.

Les effectifs de ces monastères ne furent jamais pléthoriques (56) et les trois abbayes ne firent aucune fondation. La place des cisterciens dans la société est aussi visible à travers tous les actes ultimes de la vie d’un homme. Les abbayes attirèrent les legs, les fondations d’anniversaire et les élections de sépultures (57). On recense une centaine de testaments sur lesquels les cisterciens figurent au Moyen Age. Les comtes y ont leur part (58), mais très vite la noblesse forézienne, les bourgeois et les clercs y vont de leurs dons (59). Le privilège limité des sépultures dans les couvents s’est élargi, des princes et des abbés, il s’étend désormais aux chevaliers qui les imitent. La Bénisson-Dieu conserve la pierre tombale d’Humbert de l’Espinasse inhumé en avril 1303 (60). Des familles s’installent ainsi dans les monastères pour leur éternité : les Raybe d’Urfé devant le maître- autel de Bonlieu, les Durgel de Saint-Priest à Valbenoîte (61). Ainsi les abbayes deviennent-elles un vaste cimetière respectant une hiérarchie stricte et se montrant toujours plus accueillantes avec le temps et les besoins d’argent. Mais l’essentiel des revenus venait des domaines valorisés par le travail des moines.

III) Les réalisations cisterciennes.

A – la constitution d’un patrimoine temporel

1 – Les modes d’acquisition.

L’origine des biens n’est pas toujours connue, elle demeure même assez obscure pour Valbenoîte et Bonlieu.

Si les comtes sont les donateurs des premières terres,les familles nobles et bourgeoises ont très vite imité leur générosité. Leurs donations souvent plus modestes ont permis de compléter les premiers biens et d’arrondir des domaines morcelés. On pourrait multiplier les exemples, citons celui de Bompar de Saint-Marcel qui avec son fils offrent à La Bénisson-Dieu en 1277 les fonds pour agrandir le domaine de Riou dans la plaine (62). Mais des chevaliers peuvent aussi être à l’origine d’une grange, ce semble être le cas à Valbenoîte avec la donation de Guyon de Jarez, seigneur de Rochetaillée, de biens autour de Pleiney (63). La bourgeoisie de Montbrison n’est pas en reste. Maître Giraud offre une maison à La Bénisson-Dieu en 1201, peut-être pour y établir une maison de ville nécessaire à l’activité économique des moines dans la capitale forézienne (64).

Les donations à titre gratuit nombreuses aux XIIe et XIIIe siècles, s’amenuisent progressivement jusqu’à 1250 car désormais par le rapport de leurs productions et les dons d’argent, les cisterciens disposent de numéraire qu’ils emploient à agrandir leur patrimoine. Les achats non conformes aux usages cisterciens se multiplient dans la deuxième moitié du XIIIe siècle. Dès 1201, l’abbé de La Bénisson-Dieu fait reconnaître par Guy III l’achat de terres à Chatuy fait à Otmar de Vernoil et Aymon de Chatoy contre 60 sous forts (65). De plus en plus, ce sont des droits et non des terres qui sont acquis contre argent Raymond de Bachers, abbé de Valbenoîte, achète pour 200 livres tournois, les dîmes de la Montagne, le 24 décembre 1360 (66). De même, des cens sont recherchés, ainsi les moines passent-ils du rôle d’exploitants en faire-valoir direct à celui de rentiers du sol, ce que les moniales furent naturellement très tôt avec la disparition des convers. En juin 1251, Faucon Vert vend pour 42 livres viennois un droit de cens sur des biens à La Barge, à la prieure de Bonlieu (67).
Par ce système les cisterciens entrent dans le système seigneurial et féodal. Ils achètent des terres allodiales afin de ne pas avoir à acquitter des droits d’amortissement, les terres relevant de leur fief (68). Dans cette logique, de petits seigneurs deviennent vassaux d’un monastère après la vente de leur seigneurie dominante. C’est la reprise en fief ou inféodation. Roland de Vernoil reprend en fief son bien situé à Saint-Germain-Laval des mains de l’abbesse de Bonlieu contre 12 livres viennois, en septembre 1275 (69). Les religieux sont tout à la fois vassaux et suzerains (70). Ces modes d’acquisition modifient profondément la nature et la répartition du temporel en en favorisant la complexité.

2 Les domaines cisterciens : des granges aux tenures dispersées.

A l’origine, les temporels cisterciens reposent surtout sur des granges monastiques. leur nombre et leur étendue indiquent la puissance du monastère qui les possède. Les bulles pontificales ne mentionnent que ces seuls biens.

Le 26 juin 1165, celle d’Alexandre III attribue huit granges à La Bénisson-Dieu : Montaiguet, La Fayolle, Genetey, “Bonam”, Toujard, Riou, Cusset (?) et La Chassagne. Dans la bulle similaire d’Innocent III en 1213, la liste est différente. Huit nouvelles granges apparaissent : La Flachey, Lina, Baluchart, Vèzelin, Bigny, La Regardière, Condes et Mesples, alors que “Bonam”, Cusset La Fayolle et Genetey ont disparu (71). La Bénisson-Dieu dispose donc de douze granges, mais aussi de cinq celliers (72).

Pour Valbenoîte, nous sommes bien moins informé. Seule, la grange de l’Oeuvre, proche du monastère est certaine. On y a a volonté ajouté Pleiney et Graix dans le massif du Pilat et la donation comtale des Gouttes. E. Fournial an ajoute une cinquième avec la grange de Vernay (73).

Les granges des moniales nous sont aussi connues par une bulle, celle d’Honorius III du 10 décembre 1224. Il s’agit de celle de La Barge et de l’Olme ; son successeur , Grégoire IX ajoute en 1229, celle de Font-Vodoire (74).

Les abbayes se sont aussi dotées de maisons de ville. La Bénisson-Dieu en possède à Montbrison et à Cleppé, proches des foires et du pouvoir comtal. Valbenoîte en a à Saint-Etienne, ville toute proche, mais aussi à Lyon (75). Les moulins sont encore plus nombreux sur les rivières proches des abbayes et ailleurs. L’un d’entre eux dans la basse-cour de Valbenoîte est tenu, selon le terrier Roeria par Denis Merlon, mais La Bénisson-)Dieu possédait en 1248 un moulin à Montbrison et un autre à Villerest, Bonlieu en avait un à Trélins en 1279 (76).

L’essentiel des patrimoines cisterciens n’est pas immobilier, la forêt par exemple occupe une place importante dans l’économie médiévale, aussi les moines en possèdent-ils e vastes étendues. La Bénisson-Dieu a des bois aux abords du monastère, mais surtout dans les monts du Forez, près de Saint-Bonnet-le-Courreau (grange de La Regardière), et dans ceux de La Madeleine (granges de Baluchart et Mesples) ainsi que dans la plaine.

L’étendue des biens traduit évidemment l’importance des monastères. La plus ancienne et la plus puissante abbaye de La Bénisson-Dieu, dotée généreusement dès le départ, étend ses possessions du Mâconnais avec la grange de Toujard jusqu’à l’Auvergne, avec Eglisolles. Ses biens sont tout aussi nombreux dans les zones montagneuses que dans les plaines du Roannais et du Forez, ils jalonnent la vallée de la Loire avec les granges de Bigny, Riou et Vézelin et même celle de Lina et le cellier de Villerest. Toutes les activités agricoles, élevage et cultures, peuvent y être pratiquées.

Bonlieu a un temporel plus regroupé, il s’étend de Neulise à Craintilleu et de Saint-Didier-sur-Rochefort à Virigneu, pour l’essentiel dans la plaine du Forez, le long du cours du Lignon. Mais ces biens sont très morcelés en de nombreuses parcelles de prés et de terres, simples tenures sur des dizaines de paroisses. Rien à voir avec les vastes domaines de son abbaye mère.

La vision du temporel de Valbenoîte est plus tardive, c’est celle du terrier Roeria (77). Si les domaines des granges y sont toujours présents, on ne rencontre là aussi que des tenures éparpillées tout autour de Saint-Etienne, l’essentiel du temporel de cette modeste abbaye étant dans la vallée du Furan et sur les contreforts des monts du Lyonnais et du Pilat (78).

Cette répartition des patrimoines fonciers sur l’ensemble du comté et au delà se traduit par une grande diversité des sols. les hautes chaumes sont de vastes zones de pâturages (79). La Bénisson-Dieu possède de nombreux droits de pâture près de Montaiguet et surtout dans la grange de La Regardière (80). La plaine compte une zone de cultures, céréalières pour l’essentiel, que les cisterciens surent valoriser.

B – Du savoir-faire cistercien au faire valoir indirect généralisé.

1 – Le travail des moines

Il est obligatoire dans la règle bénédictine et sa valeur morale est réaffirmée par les cisterciens. De plus, travailler est une nécessité à la naissance des monastères et même si l’on a volontiers amplifier l’ingratitude des sols offerts aux moines blancs, il leur a fallu devenir défricheurs. Leurs granges se trouvent encore souvent au centre d’une clairière (81). Cependant la lutte contre la forêt est mesurée, le bois et une matière première précieuse et son sol devient un lieu de pacage utile (82).

On attribue aux cisterciens, une importante activité de drainage et d’irrigation. leurs fonds de vallées ont dû être aménagés; mais aussi la plaine du Forez dont l’humidité fut parfois retirée par drainage mais aussi maintenue sous forme d’étangs, la pisciculture étant une activité toute cistercienne (83).

E. Fournial confère aux cisterciens, un rôle déterminant dans la diffusion des innovations agronomiques en Forez, notamment pour le seigle et la vigne (84). On est d’ailleurs frappé par l’abondance des redevances payées en vin. La Bénisson-Dieu possède des vignobles, près du monastère, à Champdieu et surtout à Villerest où elle tient un cellier (85). les vignes de Bonlieu sont sur les coteaux à l’ouest de la plaine, principalement à Trélins (86). Mais l’essentiel des terroirs monastiques est occupé par les cultures céréalières. les cens sont toujours acquittés en quatre type de céréales : le froment, l’orge, le seigle et l’avoine. Au XVe siècle, le terrier de Valbenoîte donne une idée approximative de la proportion de chacune d’entre elles dans cette région. L’avoine et le seigle dominent avec respectivement 38,4 % et 38 % des surfaces, le froment représente 23 % et l’orge seulement 0,6 % (87).

L’élevage moins répandu était surtout ovin, il occupait les hautes chaumes où existaient des “jasseries” et fournissait lait et fromages aux moines, exceptionnellement de la viande (88).

Mais l’activité des moines n’était pas qu’agricole. Une charte d’immunité accordée à La Bénisson-DIeu par la comtesse Mahaut de Courtenay en janvier 1277, fait état de l’exemption du péage pour les animaux et biens de l’abbaye, à savoir : fers, laines, cuirs et blés (89). Les moines blancs avaient donc une activité de tanneurs et travaillaient la laine, du moins la vendaient-ils (90). Quant aux fers, indiquent-ils une activité métallurgique à La Bénisson-Dieu comparable à celle de Fontenay (91) ?

Toujours est-il qu’ils étaient marchands. Les exemptions nombreuses de droits de leydes et de péages le prouvent (92). C’est tout autant le produit de leurs granges que celui de leur artisanat qui pouvait être vendu. La possession du port de Feurs face à la grange de Bigny, puis de celui de Briennon par La Bénisson-Dieu ne pouvait que favoriser le commerce cistercien par la Loire, il est de plus une source de profit non négligeable (93). Nous sommes loin des principes d’autarcie du temps des premières abbayes, les revenus en argent étant de plus en plus recherchés.

2 – Les cisterciens, rentiers du sol

Le faire valoir direct reposait sur les granges tenues par un grangier cistercien et exploitées par des frères convers. Mais très vite, ceux-ci firent défaut et dès la seconde moitié du XIIIe siècle, les moines et moniales durent faire appel à des tenanciers. Par un acte d’abénévis, un individu se voit confier l’exploitation d’une terre appartenant aux religieux devenus seigneurs éminents ou directs, le tout contre des redevances, les cens et servis principalement (94). Le plus ancien acte de cette nature est celui par lequel l’abbesse de Bonlieu abénévise à Hugues Jordan le quart d’un tènement à La Barge contre 35 livres parisis, en juin 1266 (95). Progressivement les abénévis remplacent les achats de cens et se généralisent. En 1390, c’est le domaine de Villerest qui est mis en emphytéose (96). Au XVe siècle, le faire-valoir direct a disparu même aux abords des monastères, les cisterciens deviennent des rentiers de la terre qu’ils avaient mise en valeur, vivant de la perception des droits seigneuriaux minutieusement recueillis dans les terriers, mais aussi des droits banaux et de justice que leur confère leur statut féodal et des rentes et pensions diverses résultant des legs et des dîmes (97).

Leur énergie est toute entière tournée vers la gestion et la préservation de leurs nombreux droits sans cesse contestés par des tenanciers récalcitrants. Le 22 novembre 1463, Antoine Epitalon et d’autres habitants de La Métare refusent de verser la dîme à Valbenoîte (98). Ces difficultés de perception et les nombreuses charges qui pèsent sur les moines font que la plupart du temps leur vie devient précaire surtout lorsque les temps leur sont moins favorables.

IV – La banalisation des abbayes cisterciennes de la fin du Moyen Age à la Révolution.

A – Vicissitudes et redressement entre Moyen Age et temps modernes.

1 – Une période noire : le XIVe siècle.

Alors que le XIIe siècle fut cistercien et le XIIIe siècle celui du rayonnement de Cîteaux, les deux derniers siècles, médiévaux furent défavorables aux moines blancs. L’esprit de pauvreté et de solitude ne semble plus être leur préoccupation première. Les prescriptions des pères fondateurs sont systématiquement bafouées : on achète des terres et des droits (99), on possède des dîmes, on perçoit des cens… Les archives ne sont plus que liasses de procédures qui traduisent les conflits. Les abbayes se dotent de procureurs pour les représenter et les défendre dans les procès (100).

Ces procédures n’ont qu’un but : défendre le patrimoine menacé. Outre les problèmes de perception des droits, il y a celui des limites de juridictions. Le procès de Montaiguet, grange de La Bénisson-Dieu, oppose pendant un demi-siècle l’abbaye à la maison comtale (1305-1350), nous sommes bien loin du temps des faveurs et des protections (101).

L’exemption est aussi remise en cause. Les religieuses de Bonlieu sont frappées d’excommunication par l’archevêque en 1309 pour ne pas avoir acquitté des charges diocésaines. Les pontifes doivent intervenir à deux reprises en janvier 1316 et juillet 1371 pour rétablir les moniales dans leurs droits (102). Mais les dangers les plus menaçants viennent des événements liés à la guerre de Cent-Ans. Valbenoîte est pillée et en partie ruinée par les troupes errantes de Robert Knolles vers 1358-1359. Les moines se sont dispersés.

La Bénisson-Dieu et le monastère stéphanois sont même obligés de se fortifier contre ces adversaires (103).

Dans ce contexte, l’observance n’est plus respectée. L’abbé de La Bénisson-Dieu est absent à sept reprises du chapitre général de 1390 à 1412, son collègue de Valbenoîte agit de même et est menacé de suspension en 1399. En 1452, un autre abbé de La Bénisson-Dieu risque l’excommunication pour l’argent dû à Cîteaux (104). Les moniales de Bonlieu font même l’objet d’un véritable scandale en 1463. Elles ne respectent plus la clôture, se font nourrir par leur famille et portent des vêtements à leur guise. les novices ne reçoivent plus la bénédiction épiscopale et les chapelains sont dépravés (105).

2- Des volontés de renaissance.

Dans ce contexte de crise, des désirs de redressement apparaissent cependant. les interventions fréquentes du chapitre général délèguent des abbés auprès des fauteurs pour les réformer en sont autant d’exemples (106).

Peu à peu les bâtiments se relèvent et avec eux une vie plus régulière. Hugues de Torenche, abbé de Valbenoîte s’y emploie dès 1373. Dans les années 1389-1390, les travaux ne sont toujours pas achevés, cet abbé doit aliéner une partie de son temporel pour les financer (107).

Bonlieu est peut-être l’objet d’une reconstruction au XIVe siècle. A. Bonin pense que l’abbatiale de briques remonte au milieu de ce siècle. Un clocher y a été édifié entre 1302 et 1305, mais s’agit-il de la même phase de construction (108) ?

Le plus bel exemple de reconstruction est cependant celui de l’abbé de La Bénisson-Dieu, Pierre de La Fin (1460-1504) qui introduit, à ses frais, le gothique flamboyant dans une abbatiale claravallienne. Il reconstruit le choeur et une partie du bas-côté sud, ajoute une charpente à fortes pentes sur la nef qu’il fait couvrir de tuiles vernissées de couleur et élève une tour-clocher de 51 mètres de haut sur le côté droit de la façade. L’intérieur de l’abbatiale est redécoré de pavement, stalles et statues et parsemé de sa devise “Laus Deo”. Il élève encore un logis abbatial digne de lui.

Ces travaux nécessitent des rentrées régulières d’argent, aussi après les aliénations du temporel, voit-on les religieux rétablir leurs droits usurpés par l’établissement de lièves et de terriers (109). C’est à partir de 1454 que les moines de Valbenoîte confient au notaire Denis de Roeria le soin d’établir un terrier général des redevances dues à l’abbaye. De plus, la prospérité revenue favorise le redressement voulu par certains religieux.

3 – Les aléas de la commende et les guerres de Religion.

C’est alors qu’intervient une pratique trop souvent nocive au monachisme, celle de la commende. Les abbayes “royales” voyaient leur supérieur désigné par le roi. Celui-ci n’était pas forcément un moine et sa charge devenait l’objet d’une récompense royale, puis un bien familial (110).

Guillaume Mastin de la Merlée fut le premier commendataire de Valbenoîte avant 1484. C’est à cette date qu’on le trouve qualifié de “commendataire perpétuel de l’abbaye de Valbenoîte et prieur de l’Hôpital-sous-Rochefort” (111).

La commende est introduite plus tard à La Bénisson-Dieu lorsque l’abbé régulier, Pierre de La Fin, est élu à la tête de Pontigny et qu’il conserve sa première abbaye comme commendataire entre 1493 et 1496 (112).

Si la commende ne se révèle pas toujours néfaste, la plupart du temps les abbayes ne sont pas favorisées par elle. les abbés ne résident plus, mais laissent le prieur avec des pouvoirs limités, percevant par l’intermédiaire d’un économe le tiers des revenus de la maison, livrant ainsi les moines à l’indigence (113). Sur les 20 abbés non élus de Valbenoîte aucun n’est cistercien et aucun ne réside durablement, certains ne prennent même pas possession de leur bénéfice ou ils le font par procuration comme Joseph Elian en 1768. la plupart du temps, ils dirigent plusieurs monastères. Antoine de Saint-Priest (1526-1550) est aussi prieur de Firminy et de Champdieu où il est inhumé. Ils sont membres de chapitres cathédraux ou de l’administration diocésaine, comme Jean de Masso (1566) , official de Lyon ou Pierre-Marie Gaillard de Beaulieu (1749-1780), vicaire général de Chalon-sur-Saône. Ils séjournent à la Cour : Odet-Joseph de Giry de Saint-Cyr (1726-1749) est aumônier de la Dauphine et un des précepteurs du Dauphin, certains ne sont même pas prêtre (114).

Les commendataires de La Bénisson-Dieu sont des prélats encore plus illustres : Antoine de Lévis de Châteaumorand († 1558) est évêque de Saint-Flour, son successeur Antoine de Senneterre (†1584) occupe le siège de Clermont et Pierre d’Epinac ( † 1599) celui de Lyon.

De véritables dynasties s’installent à la tête des abbayes d’oncle à neveu : les Masso sont à Valbenoîte de 1566 à 1635, les La Fin à La Bénisson-Dieu de 1460 à 1540, les La Roche à Bonlieu de 1534 à 1610 (115) et les Nérestang qui permutent avec Mègemont, à La Bénisson-Dieu de 1609 à 1675. Les monastères, biens familiaux, servent ainsi les intérêts d’un clan.

La coadjutorerie est chez les moniales le moyen d’assurer la succession. A Bonlieu, Louise de Lescouet prend Louise Marie de Rieux comme coadjutrice le 19 août 1654, alors que celle-ci n’est pas cistercienne. Cette dernière lui succède naturellement en 1657, choisissant elle-même son héritière en 1666 (116).

Après un temps de stabilité qui avait permis aux monastères de se rétablir, une période de désordre bouleverse profondément la vie des religieux. Les guerres de Religion produisent leurs effets dévastateurs jusque dans les cloîtres. Indirectement d’abord par les impositions exceptionnelles des monarques en manque d’argent, les papes autorisant l’aliénation des biens monastiques. Le 19 août 1569, l’abbé de La Bénisson-Dieu vend une rente à Perreux pour payer les 40 écus qui lui sont réclamés, d’autres biens sont aliénés à Mably en avril 1578. Ce n’est qu’un début (117).

Mais c’est aussi directement que les deux abbayes masculines souffrent des effets des guerres. En 1570, les hommes de l’Amiral de Coligny multiplient les exactions autour de Saint-Etienne. A l’approche des calvinistes, les moines de Valbenoîte ont fui, mais leurs maigres biens sont pillés, la voûte de la nef de l’abbatiale est minée et un pan de mur s’effondre, les fortifications sont sapées (118). Au nord de la province, ce sont les hommes de la Ligue qui investissent La Bénisson-Dieu au printemps 1594 sous prétexte d’y voir le prieur. Ils y demeurèrent dix-huit mois consacrés aux destructions et au pillage (119). Une inscription latine dans la chapelle de Nérestang donne une idée de La Bénisson-Dieu à la fin du XVIe siècle, elle pourrait concerner d’autres maisons : Dehinc temporum injuria; bellorum feritate, nec non commendatariorum incuria, diruta fuit.

B – Un esprit de réforme au XVIIe siècle.

Des velléités de Valbenoîte…

C’est la famille de Masso qui entreprit une nouvelle reconstruction de Valbenoîte. Issue de la bourgeoisie lyonnaise, elle trouvait un certain prestige dans la direction d’une abbaye. Dès 1576, Pierre rétablit la voûte de la nef et répare une partie des bâtiments conventuels. Il tente sans succès d’y rétablir une vie régulière et multiplie les procès pour recouvrer les droits usurpés (120). Mais cette restauration est très limitée, elle sert le renom d’une famille plus que celui de l’abbaye. Une deuxième chance est donnée à Valbenoîte avec l’abbatiat de Jacques Badol de Forcieu (1680-1726). Il est séminariste lorsqu’il est nommé abbé. Marqué par la réforme d’Eustache de Beaufort à l’abbaye de Sept-Fons, en Bourbonnais il désire y devenir moine afin de transmettre ce nouvel esprit à Valbenoîte (121), mais l’abbé de Cîteaux refuse.

A défaut de réformer le spirituel, l’abbé agit sur le matériel, et à nouveau à ses frais, on répare le cloître et l’enceinte du monastère (122).

2 – … aux tentatives réformatrices des moniales.

Bonlieu passe directement sous la paternité de Clairvaux lorsqu’au début du XVIIe siècle La Bénisson-Dieu devient un monastère de religieuses. Aussi voit-on le 28 juin 1611, Denis Largentier visiter sa toute nouvelle fille (123). Cet abbé réformateur, un des initiateurs de l’Etroite observance dans l’ordre cistercien, ne trouve à Bonlieu que 4 moniales et 4 novices. Il y a vacance de l’abbatiat , 5 moniales sont absentes.

Sa carte de visite est une tentative de rétablissement de la vie régulière cistercienne par une solide réformation intérieure et extérieure. Il rappelle aux moniales les obligations de leur profession qui sont la conversion des moeurs et un respect rigoureux de la règle bénédictine et des statuts cisterciens dont il recommande la lecture régulière. Il prescrit la pratique du silence et l’exactitudes des heures canoniques. La méditation, la dévotion et la simplicité en tout sont recommandées (124).

Il s’attaque ensuite à l’organisation du couvent définit le rôle du confesseur en insistant sur l’enseignement qu’il doit donner aux religieuses et celui de l’abbesse qui doit entretenir convenablement ses filles et veiller à ce que la bourse et la table soient communes (125). L’abbé de Clairvaux insiste particulièrement sur le respect de la clôture et donne la liste des personnes extérieures qui en des cas rares et précis peuvent la franchir. Pour faciliter cela il faudra créer un parloir.

Cette carte de visite sera régulièrement rappelée aux moniales.

La tâche réformatrice incombait à la nouvelle abbesse : Anne de Frédevile nommée à Bonlieu le 24 octobre 1610 (126). Nous savons peu sur son action, mais un acte du 1er janvier 1628 révèle son intention de prendre la clôture régulière pour plus facilement servir Dieu, vaquer aux exercices spirituels et satisfaire aux contenus des cartes de visites, on vise plus loin la perfection religieuse et vivre dans une plus étroite observance (127). Ce sont pas moins de 16 moniales qui s’engagent désormais devant le prieur de Montpeyroux délégué pour l’occasion. La clôture doit être stricte, le parloir est rétabli et les sorties des religieuses deviennent exceptionnelles. Cependant on sent une observance mitigée car la liste des personnes admises dans la clôture est longue, on y voit notamment la famille d’Urfé bienfaitrice du couvent. De plus, Bonlieu ne figure pas en 1667 dans la liste des monastères suivant une étroite observance (128). Mais la réforme même limitée a porté ses fruits car aucun sujet de scandale ne vient plus troubler la vie de la communauté jusqu’à la Révolution (129), et même au moment de l’extinction du recrutement, on ne cesse de vanter les bons sujets qui composent la communauté, la prudente gestion de l’abbesse et la régularité de l’office divin qui y est célébré (130).

La réforme de La Bénisson-Dieu par Françoise de Nérestang est plus connue (131). Ce monastère est devenu en 1611 une maison de moniales. Philibert de Nérestang, fidèle serviteur d’Henri IV, reçut deux bénéfices ecclésiastiques pour ses enfants, deux monastères cisterciens : l’aînée Françoise eut Mègemont en Auvergne, alors que Claude son frère, hérita de La Bénisson-Dieu (132). C’est alors que leur père décide une permutation entre les deux abbayes. Il obtient toutes les dispenses, bulles et lettres patentes nécessaires, ce qui permet le 2 juillet 1611, un échange entre les moines et les moniales (133).

Françoise de Nérestang trouve un monastère en très mauvais état : ruine des bâtiments,, dispersions des titres, aliénation du temporel…Avec l’aide de son père et en tant qu’abbesse de Mègemont, elle avait déjà redressé cette maison religieuse en y instaurant une certaine vie régulière (134).

A La Bénisson-Dieu, elle souhaite établir une observance cistercienne conforme à celle des premiers pères de l’ordre. l’influence de son père-immédiat, Denis Largentier, y est certainement pour quelque chose. Elle préfère le bréviaire cistercien par rapport au romain, rédige un coutumier qui établit plus de régularité avec bourse commune, lectures et méditation. Afin de rendre la clôture la plus stricte possible, elle fait entourer les bâtiments d’un mur.

Françoise de Nérestang s’impose une vie très austère dans laquelle elle ne parvient pas à entraîner sa communauté. Elle pense même un temps quitter son abbaye pour un monastère plus observant (135).

Comme toujours,la réforme matérielle paraît plus réussie. l’argent de son père, puis les revenus du monastère recouvrés après maintes procédures et conflits, permettent des travaux dans les bâtiments. De nouveaux corps de logis sont édifiés, l’église est réaménagée en sacrifiant le transept et l’abside et une chapelle funéraire familiale peu cistercienne est construite entre 1634 et 1651.

C’est en 1652 que Françoise de Nérestang y est ensevelie. Cette abbesse reçut de l’abbé de Cîteaux, Claude Vaussin, le titre de restauratrice de la Bénisson-Dieu. Elle le fut sans doute, mais pas autant qu’elle l’eut souhaité, c’est pourquoi Chr. Waddell parle d’une réformatrice “manquée”. L’abbesse de Nérestang n’est ni Angélique Arnaud, ni Louise de Ballon, ses contemporaines (136).

Peu de faits notoires marquent le dernier siècle des cisterciens foréziens.

Valbenoîte végète et s”appauvrit. La Commission des Réguliers envisage même de supprimer le monastère en 1753, car il n’abrite plus que 4 moines et son revenu est tombé à 2000 livres, ce qui rend toute régularité impossible (137).

Des raisons différentes sont invoquées à Bonlieu pour justifier la suppression du noviciat. Le monastère a subi deux incendies le 2 novembre 1682 et le 25 janvier 1711 (138), mais son revenu s’élève à 8000 livres et ses effectifs tournent autour de la dizaine (139) ? Après ses épreuves, les bâtiments sont à reconstruire et le temporel a dû être aliéné. Les finances du couvent ne permettent pas un redressement durable (140), aussi au début d’octobre 1748, les religieuses reçoivent une lettre de cachet leur interdisant de recruter.

Les moniales entreprennent tout ce qui est en leur pouvoir pour augmenter leur revenu : tentative de riziculture, culture de mûriers, rénovation des terriers (141), mais en 1761, l’interdiction n’est toujours pas levée. Elle l’est par la suite puisque de nouvelles moniales sont recrutées (142). Tous les monastères sont remis en cause, mais La Bénisson-Dieu bénéficie d’appuis, sa communauté est plus nombreuse même si les effectifs baissent comme partout ailleurs (143).

Mais le XVIIIe siècle n’est pas que déclin. Labbesse de La Bénisson-Dieu, Marie-Thérèse de Jarente procède à d’importantes rénovations des bâtiments, notamment des façades et du logis abbatial et le moines de Valbenoîte empruntent pour financer la reconstruction de leur couvent en 1780 (144).

Ce sont ces bâtiments qui deviennent biens nationaux en 1790. On rédige les premiers inventaires, on procède aux premières ventes et à la dispersion des religieux (145). Aujourd’hui seules demeurent des cisterciens de Forez trois abbatiales. La Bénisson-Dieu et Valbenoîte sont devenues églises paroissiales, l’ancien couvent de cette dernière abritant un collège; une association fait revivre l’abbaye du nord. A Bonlieu les locaux sont considérés comme bâtiments agricoles.

N.D.L.R. : Monsieur Perrot, propriétaire de l’abbaye de Bonlieu, nous indique que sa famille entretient cet édifice depuis 4 générations, et que, l’an dernier encore, d’importants travaux de réfection des contre-forts ont été entrepris, sous la supervision de l’Architecte des Bâtiments de France.

La couleur originelle, légèrement rosée, du mortier de jointoiement a été recherchée et retrouvée, et les briques trapézoïdales ont été réalisées spécialement pour cette restauration.

Notes
1- Les trois monastères se trouvent respectivement dans l’actuel département de la Loire : – La Bénisson-Dieu dans la commune du même nom (402 h.), canton de Briennon et arrondissement de Roanne dont elle est à 15 km. – Valbenoîte, commune indépendante sous ce nom à la Révolution, a été annexée à Saint-Etienne depuis – Bonlieu, dans la commune de Sainte-Agathe-la-Bouteresse (831 h.) est dans le canton de Boën et l’arrondissement de Montbrison. L’ordre cistercien en Forez n’a fait l’objet que d’une étude générale : Ph. Peyron , Trois abbaye cisterciennes en Forez (XIIe – XVe siècles) – La Bénisson-Dieu, Valbenoîte, Bonlieu, Saint-Etienne, 1986, 327 p. La période moderne n’a jamais été traitée dans son ensemble. En revanche, Anne Carcel doit faire paraître prochainement un ouvrage consacré à l’art : L’univers cistercien en Forez, Roanne, 1998, 140 p, illustré des photographies de J.-F. Claustre. L’aspect artistique ne sera donc pas abordé dans la présente étude.
2 – Le principal ouvrage consacré à cette maison est celui de l’abbé J. Baché, L’abbaye de La Bénisson-Dieu (diocèse de Lyon) fondée par saint Bernard en 1138, restaurée et transformée par Mme de Nérestang en 1612, Lyon, 1880, 307 p., rééd. par les Amis de la Bénisson-Dieu en 1987. En plus de nombreux articles publiés par le Bulletin de la Diana consacrés à l’art, signalons le travail très complet d’Anne Carcel , La Bénisson-Dieu, évolution architecturale d’une église cistercienne (1138 à nos jours) mémoire de maîtrise soutenue en 1975 à La Sorbonne (consultable à la bibliothèque Déchelette à Roanne).
3 J.-M. de La Mure, Histoire des ducs de Bourbon et des comtes de Forez, Lyon, 1675, éd. par R. Chantelauze, Paris 1860, t.III, preuve n°29.
Cette date admise par tous a dû être gravée lors des travaux de réaménagement de l’abbaye au temps de Pierre de La Fin, c’est à dire au XVe siècle ou sous l’abbatiat de Françoise de Nérestang au XVIIe siècle. Sur quel document reposait leur information ? Les archives possédaient-elles alors un acte détruit par la suite ? 1138 semble cependant une date fiable étant donné la succession et la teneur des acte qui suivent.
4 – Chartes du Forez antérieures au XIVe siècle (édition collective) 24 vol, Mâcon- Lyon- Saint-Etienne – Paris, 1933 – 1978, t. XVI, charte n° 1294. Les biens donnés sont la terre de Flaché et des biens le long de la Teysonne au sud de l’abbaye.
5 – Chartes, op. cit., t. XXIII, n° 1558. L’abbé de Clairvaux parle de l’amour maternel qu’il porte à ce fils spirituel.
6 – L’illustre abbé a bien sûr suscité les légendes jusqu’à fausser l’orthographe du nom de l’abbaye. La Bénisson-Dieu vient du latin Benedictio Dei, la bénédiction de Dieu, or une légende voulut que saint Bernard approchant du site forézien se soit exclamé : Hic, fratres, benedicamus domino (Baché, op. cit. ,p. 5), d’où l’orthographe de Bénissons-Dieu corrigée depuis sur la plaque indicative de la commune, mais non dans de très nombreux ouvrages. A. Dimier, “A propos de l’abbaye de La Bénisson-Dieu ”, Cîteaux commentarii cistercienses, XXII, 1971, fasc. 3 – 4, p. 319 – 320.
7 – Deux études sérieuses ont été consacrées à ce monastère : – C.-P. Testenoire-Lafayette, Histoire de l’abbaye de Valbenoîte de l’ordre de Cîteaux, 1184 – 1791, Saint-Etienne, 1893. – H. Jeanblanc, Valbenoîte, l’abbaye, son histoire et sa place dans la vie et le développement de Saint-Etienne, Saint-Etienne, 1957, 181 p. La Charte de 1184 se retrouve dans Chartes, op. cit, t. XVI, n° 1293.
8 – E. Fournial , “les faux de Valbenoîte”, Bulletin du centre d’histoire régional, 1977, n° 1, p. 7-14. D’autres actes concernant le monastère présentent des éléments suspects.
9 – Statua capitularum generalium ordinis cisterciensis ab anno 1116 usque ad annum 1786, (éd. par J.-M. Canivez), 8 vol. Louvain, 1933 – 1941 ; t. I, 1191, statut n° 21.
10 – Certains personnages cités par les actes douteux peuvent paraître authentiques, les interpolations portant surtout sur les biens donnés. Ainsi : Hugues de Châteauneuf fut abbé de Bonnevaux de 1166 à 1194 et Jean Belles-mains, fut archevêque de Lyon de 1181 à 1193.
11 – Chartes, op. cit., t XXI, n° 1388.
12 – L. Bernard, “Quand et comment fut construite l’église abbatiale de Valbenoîte ?”, Bulletin du Vieux Saint-Etienne, 4e trimestre 1983, n° 132, p. 75 – 79.
13 – B.N., ms. frçs. 20161, Index chronologicus abbatiarum ordinis cisterciensis per universum orbem eo ordine depositus quem cistercii in capitulo generali observare, f.113. Ce même document évoque plus loin le 4 des calendes d’octobre 1184 comme date de fondation de Valbenoîte.
14 – Ph. Peyron, “ Les premiers temps de Valbenoîte : une installation difficile ?”, BSaint-Etienne. Histoire et mémoire, n° 192, oct. 1998, fasc. 4, p. 5-8. De nombreux projets d’abbayes non viables ont été abandonnés. Les années 1210 à Valbenoîte semblent être celles d’une reprise d’activité, le temporel étant établi et rapportant ses premiers fruits.
15 – Le fait est que ces deux personnages sont considérés au XVIIIe siècle comme les fondateurs, c’est vers leurs descendant que se tournent les moines menacé d’extinction (H. Jeanblanc, op. cit., p. 144).
16 – Statua, op. cit., t. II, 1242, n° 55 ; 1258, n° 37 ; t. III, 1344, n° 34 ; 1394, n° 14 ; t. IV, 1439, n° 8 ; 1454, n° 10. L’abbé de Bonnevaux y apparaît en tant que père immédiat.
17 – A. Dimier, Saint Hugues de Bonnevaux de l’ordre cistercien 1120 – 1194, Grenoble, 1941.
18 – Bonlieu a été peu étudiée. A. de Saint-Pulgent a édité quelques textes tirés des Archives départementales de la Loire (série H 2) dans les Bulletins de la Diana (voir plus bas). Seule l’architecture a fait l’objet d’une étude globale : A. Bonin ,”L’église abbatiale de Bonlieu “, Bulletin de la Diana, XXVII, fsc. 4, 1939 – 1941, p. 451 – 474.
19 – Gallia-Christiana, t. IV, diocèse de Lyon, Paris 1728, col. 309.
20 – Chartes, op. cit., t. XXI, n° 1342.
21 – C’est ce qu’avance la Gallia Christiana (op. cit. col. 309). Bellecombe a été fondée avant 1133, elle se situe dans l’actuelle commune d’Yssingeaux, en Haute-Loire.
22 – Ph. Peyron, Trois abbayes, op. cit., p. 142 – 143.
23 – Chartes, op. cit., t. V, n° 702 et t. XI, n° 1135.
24 – Statua, op. cit. t. V, 1463, n° 115. L’abbé de La Bénisson-Dieu reçoit mission de ses pairs du Chapitre général à cette fin.
25 – Guy II dirigea le Lyonnais et Forez de 1137 environ à 1173, date à laquelle il ne fut plus que comte de Forez et ce jusqu’en 1206. Rien n’atteste sa retraite chez les cisterciens. E. Fournial, “Chronologie des actes de Guy II et de Guy III”Bulletin de la Diana, XXXVI, 1959 – 1960.
26 – La Mure, op. cit. t. II, p. 174.
27 – Alice de Suilly, belle-fille de Guy et épouse de Guy III, fut inhumée dans un enfeu placé dans le cloître vers 1221 (E. Jeannez, “La tombe d’Alice de Suilly, comtesse de Forez dans l’église de la Bénisson-Dieu”, Bulletin de la Diana, t. IV, 1887 – 1888, p. 158- 172), puis c’est son fils, Guy IV, qui élit sépulture à La Bénisson-Dieu, mais dans son testament de 1239, il oriente les dépouilles comtales vers la toute nouvelle collégiale qu’il a fondée à Montbrison. Chartes, op. cit., t.XXI, n° 1337 et n° 1352 ; t. XXII, n° 1386.
28 – Ce prélat est régent de Forez de 1206 à 1218 pendant la minorité de son neveu, Guy IV.
29 – L’acte douteux de 1184 faisait aussi intervenir Guy II et son fils.
30 – Vers 1180, Artaud donne des terres situées dans son fief et confirme celles données par son père. Il s’agit peut-être de l’origine des granges du Mâconnais. Chartes, op. cit., t. XVI, n° 1291.
31 – Abbé J.-L. Theillère, Notes sur le monastère de la Séauve, Saint-Etienne, 1872, 157 p.
32 Chartes, op. cit., t. XVI, n° 1287 ; t. XXIII, n° 1573 et t. XVI, n° 1314.
33 – Il faudrait citer les biens de moindre importance donnés aux cisterciens ainsi que tous les droits et dons en argent faits sous forme de dîmes, rentes ou testaments.
34 – Chartes, op. cit., t. XXIII, n° 1561. On situe les bulles perdues entre 1138 et 1143 pour la première et aux alentours de 1154 pour la seconde.
35 – L’exemption a été a accordée en 1132 à Cîteaux par Innocent II, le pape légitimé par saint Bernard, mais le IVe concile de Latran en limite la portée en 1215.
36 – Chartes, op. cit., t. XXIII; n° 1577. Les cisterciens peuvent recevoir les sacrements de n’importe quel évêque, ils ne seront pas convoqués en synode ou assignés en procès par l’ordinaire. L’archevêque de Lyon ne peut intervenir lors de l’élection abbatiale sous peine d’excommunication et d’interdit. En revanche, les moines doivent respecter la clôture.
37 – Ph. Peyron, Trois abbayes, op. cit, p. 69 – 71.
38 – On mentionne parfois une bulle perdue de Lucius III (1181 – 1185). Si cet acte était avéré, la fondation de Valbenoîte serait donc établie entre 1181 et 1185.
39 – Chartes, t. XI, n° 1051 et 1052.
40 – Id., t. I, n° 49. Nous avons deux autres bulles en faveur de Bonlieu, celle de Jean XXII du 28 janvier 1316 (A.D. Loire H2/2) qui établit les droits de l’abbaye et celle de Grégoire IX, du 2 juillet 1371 (Id., H2 / 10).
41 – Il s’agit de l’abbaye de Nizors, dans la commune de Boulogne-sur-Gesse, en Haute-Garonne.
42 – Pas moins de 5 abbayes portent le nom de Bonlieu en France : en Gironde, dans la Creuse, le Jura, la Drôme et la Sarthe. Il existe aussi un Val-Benoît près de Liège en Belgique.
43 – Des traces en subsistent à La Bénisson-Dieu ou sur les cadastres napoléoniens à Bonlieu et Valbenoîte, ce dernier monastère étant entouré par un petit canal. (A.D. Loire, 1682 VT 16 et 167 VT 23).
44 – Le bois de l’Abbaye et le bois Culé existent dans l’environnement immédiat du premier monastère et le bois Farost se rencontre encore, près de Pleiney, ancienne grange de Valbenoîte. Bonlieu abbaye de moniales située dans la plaine du Forez ne semble jamais avoir possédé d’importantes forêts.
45 – Texte cité par l’abbé Theillière, Notes sur les monastères de.. op. cit., Bellecombe, Saint-Etienne, 1873, p. 32 – 34. l’abbé se plaint des exactions commises par les agents de l’abbaye vellave dans les pâturages des monts de Forez.
46 – L’absentéisme de l’abbé de Valbenoîte se justifie peut-être par ce temps d’organisation. Quant à Bonlieu, son statut indique un état de minorité, donc de soumission à un tuteur (Chartes, op. cit. t. XI, n° 1085). On retrouve la même évolution chez les cisterciennes du Velay.
47 – Le soutien comtal a été relayé en Forez par la maison de Bourbon à partir de 1372. Le 2 septembre 1422, Jean 1er de Bourbon accorde une lettre de sauvegarde à Bonlieu (A.D. Loire, H 2/4). Les souverains, de saint Louis à Charles VIII, comtes de Forez depuis 1527 deviennent ensuite les protecteurs naturels des cisterciens. Ainsi Louis IX depuis Cîteaux donne des lettres en faveur de La Bénisson-Dieu (Chartes, op. cit. t. XXI, n° 1419), son petit-fils, Philippe le Bel renouvelle la protection royale en 1313 (Id., t. XXI, n° 1419, note 1). C’est à la demande de l’abbesse que Charles VIII accorde sa protection à Bonlieu le 17 avril 1490 (A.D. Loire, H 2 / 2).
48 – L’abbé semble être surtout absorbé par son monastère et la gestion de son temporel au XIIe siècle, par nécessité mais aussi par respect de l’observance.
49 – Ph. Peyron, Trois abbayes.; op. cit., p. 82-86. Chartes, op. cit., t. XXI, n° 1334 et La Mure, op. cit., preuves n° 54 – 55.
50 – L’abbé Guichard intervient en mars 1234 entre l’abbé de Saint-Rigaud et Eustache de l’Espinasse (Chartes, op. cit., t. XXIII, n° 1597). De 1196 à 1199, l’abbé de La Bénisson-Dieu doit à la demande du chapitre général enquêter sur les conditions de fondation du Bouchet en Auvergne (Statua, t. I, 1196, n° 23, 1197, n° 213 et 1199, n° 55).
51 – L’abbé Zacharie apparaît comme assez proche de Guy IV. Il devient même un des exécuteurs testamentaires du comte en 1239 (Chartes, op. cit., t. XXIII, n° 1386). Le doyen de la collégiale de Montbrison prend le pas sur le cistercien ensuite.
52- Ph. Peyron;, Trois abbayes.., op. cit., p. 117 – 162. L’origine sociale et géographique est rarement décelable dans les premiers siècles.
53 – Deux abbés de La Bénisson-Dieu viennent du Bourbonnais, 3 de Bourgogne, un abbé de Valbenoîte est lyonnais.
54 – Le couvent s’anoblit à partir du XIVe siècle. La présence de Laure de Forez, fille de Guy VI, comme moniale à partir de 1290 en témoigne ( Chartes, op; cit, t. XII, n° 1210).
55 – C’est encore plus vrai au moment de la commende. Quant aux convers, ils viennent des environs immédiats des abbayes. Bonlieu en fournit quelques exemples.
56 – Valbenoîte compte entre 5 et 6 moines dans les réunions capitulaires de 1349 à 1501 (Ph. Peyron, Trois abbayes…, op. cit., p. 160) ; Bonlieu a une communauté de 12 moniales en 1438 (AD Loie, H 2 / 21 et H 2 : 15), nous sommes loin du chiffre idéal de 30 de 1222, alors que La Bénisson-Dieu avait 16 profès en 1327.
57 – Ph. Peyron, Trois abbayes..;, op. cit. p. 190 – 217.
58 – L’archevêque Renaud en 1226 (Chartes, op. cit., t. XXI, n° 1358), Guy IV en 1239 (id., t. XXII, n° 1386) et 1241 (Id., t. XI, n° 1065), Renaud 1er en 1270, Guy VI en 1286 (id., t. IX, n° 1041) et Jean 1er en 1324 (La Mure, op. cit., preuve n° 91 bis) et Guy VII en 1357 (id. , p. 117).
59 – Parmi d’autres : Mathève Ogier, bourgeoise de Montbrison lègue 20 livres viennois à Bonlieu au XIIIe siècle (Chartes, op. cit., t. IX, n° 948), Berlion, doyen de Montbrison en décembre 1268 agit de même en faveur de La Bénisson-Dieu (id., t. X, n° 971).
60 – J.-B. de Vaivre, “Propos sur la dalle tumulaire de La Bénisson-Dieu…”, Mémoires de la Société éduenne, LIV, fasc. 4, p. 323 – 340. Outre les vestiges, nous possédons de très nombreux textes avec le détail précis des cérémoniaux funèbres.
61 – Chartes, op. cit., t. I, n° 80 ; Ch. Le Barrier, “Le tombeau de Jeanne de Balzac à l’abbaye de Bonlieu”, Claude d’Urfé et La Bâtie, Saint-Etienne, 1990, p. 208-209 ; E. Perroy, Les familles nobles du Forez au XIIIe siècle, Saint-Etienne, 1976, notice 75.
62 – E. Perroy, op. cit., notice 174 – I.
63 – Chartes, op. cit., t. XXIII, n° 1068. Guy V confirme le 1er novembre 1243, la donation de terres et droits situés à Furet, La Faverge, Pleiney, La Gerbodière et le Bois-Farost. C.-P. Testenoire-Lafayette, donne Arnaud de Sablon et Hugues de Vaugelas comme donateurs de ces biens, les Jarez qui possédaient la seigneurie directe, ont peut-être complété les premiers dons.
64 – Chartes, op. cit., t. XVI, n° 1307. les donations bourgeoises sont particulièrement abondante à Bonlieu.
65 – Id., t. XXIII, n° 1573. Ces biens complètent ceux de Riou. A Bonlieu, l’abbatiat de Cécile du Fesc (1265 – 1285) est marqué par de nombreux achats. Une liste de 67 acquisitions entre 1277 et 1284 nous a été conservée (Id. t. VII, n° 904).
66 – C.-P. Testenoire-Lafayette, op. cit., preuve n° X. Il s’agit des contreforts du Pilat, vers Pleiney et Saint-Genest-Malifaux.
67 – Chartes, op. cit., t. IX, n° 934. Le cens se monte à 19 deniers, une émine d’orge, un démenc de froment, trois poules, trois poulets, deux oies et un setier de vin plus la tâche au quart, soit la quatrième gerbe sur une part des biens.
68 – La Bénisson-Dieu reçoit en 1160 de Guy II et vers 1180 d’Artaud de Mâcon,, le droit s’acquérir des fiefs dans certaines parties de leur domaine (Chartes, op. cit., t.XVI, n° 1287 et 1291).
69 – Id., t.IX, n° 999.
70 – Le fonds de Bonlieu possède une liste des feudataires de l’abbaye du début du XIV e siècle (AD Loire, H 2 / 1). Les monastères doivent en revanche l’hommage au comte puis ensuite au roi, mais aussi pour certains biens à des seigneurs de moindre importance. En novembre 1254, la prieure de Bonlieu prête l’hommage à Aymar de Beaudiner pour des cens à Saint-Martin-la Sauveté et Saint-Germain-Laval (id., t. IX, n° 938).
71 – Montaiguet est situé entre Forez, Bourbonnais et Mâconnais ; La Fayolle et Genetey se trouvent dans les hautes chaumes des monts du Forez, près de Saint-Bonnet-de Courreau, elles semblent avoir fusionné dans la grange de La Regardière ; Toujard et Condes sont en Mâconnais : La Chassagne est la propre grange du monastère ; Le Flachey est proche de Saint-Romain-la-Motte ; Lina est près de Mably en Roannais ; on situe Baluchart et Mesples dans les monts de La Madeleine, près de La Pacaudière alors que Vézelin et Bigny sont dans la plaine du Forez. En revanche, il est difficile de placer Cusset et “Bonam”.
72 – Il s’agit de Villerest, au sud de Roanne, sur la Loire, de Semur, en Brionnais, de Quincé, au nord, de Vézelin et de Montbrison. Poent n’a pas été localisé.
73 – Une rue de Saint-Etienne porte toujours le nom de Grange-de-l’Oeuvre, comme il existe une rue Vernay.
74 – La Barge est près de Bonlieu, L’Olme se situe entre Poncins et Feurs et on localise Font-Vodoire, près de Civens.
75 – H. jeanblanc, op. cit., p. 89. Une trentaine de maisons sur les 136 de Saint-Etienne appartiennent à Valbenoîte au XVe siècle. A cette époque, ce sont des demeures locatives. La maison lyonnaise est située dans le quartier Saint-Georges en 1256 (Chartes, op. cit., t. XXIII, n° 1614).
76 – Id., t. XXI, n° 1406 et t. V, n° 679.
77 – BM Saint-Etienne, ms. 24, Terrier Roeria (copie XVIIe s). Il contient les 242 reconnaissances du temporel de Valbenoîte de 1454 à 1508.
78 – L’étendue du temporel de Valbenoîte se recoupe avec celle de son recrutement.
79 – A. d’Alverny, “Les hautes chaumes du Forez”, Bulletin de la Diana, XV, 1906 – 1907, p. 160 – 217. Valbenoîte a l’essentiel de ses bois et pâturages dans le massif du Pilat (granges de Pleiney et de Graix ).
80 – Ce droit associé à l’usage des bois et des eaux et fréquemment accordé par les comtes. Guy II le concède à Valbenoîte sur toutes ses terres (Chartes, op. cit., t. XVI, n° 1338), comme le vicomte e Mâcon l’avait fait pour La Bénisson-Dieu vers 1180 (id. t. XVI, n° 1291) ou Guillaume de Baffie avant 1206 pour ses terres d’Auvergne (Id. t. XVI, n° 1310).
81 – Celle s de Valbenoîte dans le Pilat sont en cela significatives. mais aussi celle de Riou pour La Bénisson-Dieu dans la plaine.
82 – Des scieries existaient, il y a peu, dans le Bois-Farost, près de Pleiney. mais s’agit-il d’une origine monastique ? Les religieuses de Clavas sur l’autre versant de Pilat exploitaient une scierie à côté de leur monastère au XVIIIe siècle. Le sol de la forêt était le domaine des porcs et des moutons.
83 – Si les étangs apportent une nourriture autorisée aux moines, l’eau demeure souvent un danger. Des exemples d’inondation fréquentes sont signalées au XVIIIe siècle à Bonlieu, comme à La Bénisson-Dieu.
84 – E. Fournial, Les villes et l’économie d’échange en Forez aux XIIIe et XIV e siècles, Paris, 1967, p. 7.
85 – J. Baché, op. cit., p. 35 – 36.
86 – On y cultive toujours les côtes du Forez. le terrier Roeria atteste également la culture viticole autour de Saint-Etienne.
87 – Il est difficile de transposer ces chiffres aux deux autres monastères situés en plaine, et même aux XIIe et XIIIe siècles. L’environnement de ces maisons comprend des jardins et vergers cultivés par les religieux. Le 1er juillet 1311, le prévôt de Bonlieu achète un jardin et une verchère à La Bouteresse (AD Loire, H 2 / 14).
88 – Il existait cependant des troupeaux de bovins dans la plaine, comme à Bigny, et même dans les basses-cours un élevage avicole. La consommation d’œufs étant autorisée, les moniales pouvaient s’y adonner sans enfreindre la clôture. (Ph. Peyron, Trois abbayes.., op. cit. , p. 271 – 272).
89 – La Mure, op. cit., preuve n° 56.
90 – Les comptes de construction du clocher de Bonlieu précisent que les moniales vendaient de la laine aux paysans voisins pour qu’ils la travaillent au début du XIVe siècle. M. Gonon, “Comptes relatif à la construction du clocher de Bonlieu”, Bulletin de la Diana, XXXIII, 1955, p. 90 – 102 et XXXIV, 1956, p. 3 – 21, ainsi que E. Perroy, “Notes complémentaires sur les comptes de la construction du clocher de Bonlieu”, id. XXXVI, 1957, p. 45 – 55.
91 – les moines de Valbenoîte ont-ils eu ou favorisé les activités industrielles. H. Jeanblanc parle de la concession d’une prise d’eau faite en faveur de Barthélemy Pasturel pour établir une aiguiserie en 1446. Le terrier Roeria mentionne un tenancier qui paye un cens de 18 deniers viennois pour usage de pierre noire, entendons charbon. On connait des redevances payées pour des tuileries à La Bénisson-Dieu et à Bonlieu. Mais après de XIV e siècle, les moines et moniales sont plus des rentiers que des initiateurs d’activités nouvelles.
92 – Valbenoîte dispose de ce droit sur les terres comtalesdans l’acte interpolé de 1184, mais il est confirmé pzr crlui de 1222 et La Bénisson-Dieu se le voit confirmer en 1201.
93 – E. Fournial, Les villes, op. cit., p. 464. Le port de Feurs est en co-seigneurie avec le prieuré de Randan.
94 – Le terme d’abénévis ou abénévision est utilisé en Forez, ailleurs on préfère parler d’accensement, d’albergement ou de bail à fief, puis d’emphytéose, c’est à dire de bail perpétuel.
95 Chartes, op. cit., t. XI, n° 1102. Le cens se monte à 20 sous viennois, une géline et six démencs d’orge auxquels s’ajoutent les servis ou corvées (charrois et manoeuvres).
96 – Statua, op. cit., t III, 1390, n° 26.
97 – Malgré les interdits, les moines blancs acquérirent très vite des dîmes par le biais des donations. La Bénisson-Dieu a ce droit pour chacune de ses granges, Bonlieu en possède sur les paroisses voisines et Valbenoîte sur une partie des paroisses de Saint-Etienne et de Saint-Genest-Malifaux. Ph. Peyron, Trois abbayes, op. cit., p. 266 – 268.
98 – BM Saint-Etienne, ms, 124, t XV, n° 21 (copie XVIIe s.).
99 – On compte au moins 80 acquisitions contre argent à Bonlieu de 1251 à 1420 (AD Loire, H 2 / 2 ).
100 – A Bonlieu, ce sont les chapelains qui jouent ce rôle.
101 – AD Loire, H 7 / 1 . procès analysé par J. Baché, op. cit., p. 94 – 114. les comtes veulent y imposer leur justice alors que les moines se réclament de celle du roi.
102 – AD Loire, H 2 / 13 ; H 2 / 2 et H 2 / 10.
103 – Armorial de Guillaume Revel, vers 1450 (B.N., ms frçs. 22297, f. 485 et 488). La comtesse Jeanne de Bourbon autorise la fortification de Valbenoîte le 18 août 1373; ( C.-P. Testenoire-Lafayette, op. cit., preuve n° XX).
104 – Statua, op. cit., t. III, 1390, n° 4 ; 1391, p. 604, ; 1393, n° 5 ; 1395, n° 1 ; 1404, n° 6 ; 1410, n° 37 et 1412, n° 74. L’abbé de Valbenoîte est absent en 1391, 1404 et 1446 (id., 1446, n° 7). Le Chapitre général était intervenu à plusieurs reprises en Forez pour rétablir la discipline, mais les reproches sont plus nombreux aux XIVe et XVe siècles. L’abbaye de Valbenoîte est étroitement surveillée de 1439 à 1450. On y veille à la discipline et les biens aliénés doivent être rachetés. (Id., t. V, 1439 n) 8 et 1450, n° 84).
105 – Id., t. V, 1463,n° 115.
106 – Id., t. IV, 1403, n° 28. Face à la ruine de Valbenoîte, les abbés de Mazan et de La Bénisson-Dieu sont chargés d’y établir des réformes.
107 – Id., t. III, 1389 n° 55 et 1390 n° 28. Y a-t-il un rapport avec les biens aliénés qui doivent être rachetés au XVe siècle ?
108 – Les moniales pensent au XVIIIe siècle que la construction de l’abbatiale remonte à 1223 (AN G 9 123 /18, mémoire au roi du 27 octobre 1761).
109 – Ceux de La Bénisson-Dieu ont pratiquement disparu, en revanche nous avons conservé pour Bonlieu 5 terriers du XIV e siècle et 13 du XVe siècle.
110 – Les monastères féminins étaient moins touchés car l’abbesse désignée demeurait une moniale.
111 – H. Jeanblanc, op. cit., p. 126.
112 – Pierre de la Fin fait partie des commendataires qui ont veillé sur leur abbaye. Il défend le temporel dans de nombreux procès, transforme la grange de Montaiguet en collégiale et y édifie un château. On peut cependant se demander si il agit dans l’intérêt de La Bénisson-Dieu ou dans celui de sa maison. Ph. Peyron, Trois abbayes …,op. cit., p. 112.
113 – Le 19 juillet 1582, les moines de La Bénisson-Dieu se plaignent à Antoine de Senneterre, leur abbé, pour l’insuffisance de leur mense conventuelle (AD Loire, H 7 / 1).
114 H. Jeanblanc, op. cit., p. 126 – 128. C’est le cas de Joseph Elian, simple clerc tonsuré.
115 – Gallia Christiana, op. cit., col. 310.
116 – AD Rhône, 4 G 135, f. 329 – 330, insinuations ecclésiastiques. Gallia Christiana, op. cit. col. 310.
117 – J.Baché, op. cit., p. 136 – 139. Les moines de Valbenoîte vendent des rentes à Saint-Chamond et à La Valla pour payer les 600 livres d’imposition, le 30 juin 1565 (H. Jeanblanc) op. cit., p. 148.
118 – Id. p. 132-133. Cet auteur parle du massacre des moines demeuréss dans l’abbaye.
119 – “Prise et pillage de l’abbaye de La Bénisson-Dieu par les ligueurs d’après un document inédit de 1596”, (éd. par J. Prajoux), Bulletin de la Diana, X 1898, p. 147 – 152. Le mobilier est volé et les moines se sont dispersés. On ne sait rien de Bonlieu pendant cette période.
120 – H. Jeanblanc, op. cit., p. 133 – 136.
121 – On songe aux commendataires qu’étaient Jean de La Barrière aux Feuillants au XVIe siècle ou à l’abbé de Rancé à La Trappe au XVIIe siècle.
122 – Des vestiges du cloître médiéval et de ses réparations postérieures ont été révélées sous le crépi lors de travaux dans les années 1960. On y a trouvé la date de 1749 qui ne coïncide pas avec l’abbatiat de Badol de Forcieu (M. Chalendard, “Des travaux ont mis à jour l’ancien cloître de l’abbaye de Valbenoîte”, Bulletin du vieux Saint-Etienne, n° 42, juin 1961, p. 5 – 6). H.Jeanblanc, op. cit., p. 138 – 140.
123 – AD Loire, H 2 / 15, visite canonique de l’abbé de Clairvaux. Celui-ci profite de son passage en Forez pour procéder à la translation des moines de La Bénisson-Dieu avec les moniales de Mègemont.
124 – la simplicité est tout autant réclamée dans les vêtements sacerdotaux, et les linges servant à l’office divin que dans le vestiaire des moniales qui portaient bagues et taffetas jusqu’alors.
125 – Chaque moniale disposait de revenus propres et se faisait parfois nourrir dans sa famille sans respect de la clôture.
126 – AD Rhône, 4 G 120, f. CX – CXI, prise de possession de l’abbesse. Cette cérémonie n’eut lieu que le 20 avril 1612.
127 – “Procès verbal de la prise de clôture des religieuses de Bonlieu le 1er janvier 1628” (éd. par A. de Saint-Pulgent), Bulletin de la Diana, XXIII, 1927 – 1930, p. 357 – 360.
128 – Statua, op. cit., t VII, 1667, n° 54 – 56. Elle ne figure d’ailleurs pas dans la liste des abbayes de commune observance de la province d’Auvergne (Id., p. 57).
129 – Une affaire de pensionnaire vivant avec ses trois enfants provoque cependant, le 27 avril 1682, l’émoi des pères cisterciens. “Incident au couvent de Bonlieu à propos des dames pensionnaires” (éd. par A. de Saint-Pulgent), Bulletin de la Diana, XXIV, 1931 – 1934, p. 61 – 63.
130 – L’abbé de Clairvaux défend sa fille de Bonlieu auprès de la Commission de Secours dans un mémoire, le 15 décembre 1756 (A.N., G 9 /123 / 18). De même, les moniales protestent dans un placet envoyé au roi, des exactitudes de leur observance (Id., le 27 octobre 1761). personne ne le leur conteste.
131 – Sa vie nous est accessible par la biographie rédigée par un récollet qui fut son confesseur, le père Chérubin de Marcigny, Monument dressé à la mémoire éternelle de Madame Soeur Françoise de Nérestang, première abbesse de l’abbaye royale de La Bénisson-Dieu de l’ordre de Cîteaux, sur le plan du Palais de la Sagesse, Lyon, 1653. Deux autres études lui ont été consacrées depuis: – Chr. Waddell, “A reforming abbess ‘manquée’ : Françoise de Nérestang”, Cîteaux, commentarii cistercienses, XXXII, 1981, p. 215 – 236 – Ph. Peyron, “Françoise de Nérestang (1591 – 1652) une abbesse réformatrice au XVIIe siècle”, Cîteaux dans sa diversité, actes du colloque de La Bénisson-Dieu, 20 août 1988, La Bénisson-Dieu, 1989, p. 9 – 41.
132 – Claude de Nérestang avait d’abord reçu l’évêché de Belley, mais étant donné son jeune âge, son père lui y fit renoncer. Entre 1608 et 1610, on procède à un échange, le nouvel abbé de La Bénisson-Dieu, Jean-Pierre Camus, devint évêque alors que le jeune Nérestang prit la tête de l’abbaye cistercienne comme commendataire. J. Baché, op. cit., p. 150 – 151.
133 – Philibert de Nérestang défend plus des intérêts familiaux que ceux de l’Eglise. Le Chapitre général confirme la translation en 1613. Statua, op. cit., t. VII, 1613, n° 23.
134 – Cette moniale avait fait sa profession à Bonlieu où elle avait été pensionnaire avec sa soeur. Elle a 14 ans lorsqu’elle reçoit la bénédiction de l’évêque du Puy, mais c’est une abbesse de 20 ans déjà expérimentée qui arrive à La Bénisson-Dieu.
135 – Elle part pour la Flandre en 1625. Est-ce pour rejoindre l’abbaye de Flines ? Mais son voyage s’arrête à Dijon, au Tart, où elle séjourne quelque temps. Les bâtiments de ce monastère toujours visibles sont occupés par les musées d’art sacré et de la vie bourguignonne.
136 – toutes trois sont nées en 1591. Françoise de Nérestang a laissé une série de prières que le père Chérubin a publiées à la suite de sa biographie sous le titre : Les reliques des saintes pensées de madame Soeur Françoise de Nérestang. On y décèle une spiritualité conforme à celle de son temps marquée par une dévotion nouvelle alors au Sacré-Coeur.
137 – H. Jeanblanc, Op. cit., p. 142 -143.
138 “Deux incendies au couvent de Bonlieu” (éd. par A. de Saint-Pulgent) Bulletin de la Diana, XXIII, 1927 – 1930, p. 574 – 579. Le premier a été particulièrement destructeur car les bâtiments du couvent sont en pisé. Valbenoîte est aussi la proie des flammes le 10 mai 1779 (H. Jeanblanc, op.cit. , p. 145).
139 – J. de La Croix Bouton, Les moniales cisterciennes, t.II, Grignan, 1987, p. 149. Liste des revenus en 1788. La Bénisson-Dieu perçoit annuellement 9000 livres. On compte à Bonlieu 9 professes en 1726 (A.D. Rhône, 8 C 110), 9 professes et 3 converses, le 8 mai 1761 (A.N., S 748 B), les mêmes chiffres moins une converse en avril 1790 (A.N., DXIX 4 / 59), mais un effectif de 18 religieuses dont 12 de choeur, une novice, une postulante et 4 converses est indiqué dans une déclaration des religieuses en 1728 (A.D. Rhône 6 G 18 ).
140 – Les pères cisterciens autorisent la vente de la seigneurie des Olmes, le 23 juin 1702 (A.N., S 3295/ 6). Des travaux ont été réalisés entre 1728 et 1761, mais le monastère est endetté de 3852 livres, en 1728 (A.D. Rhône, 6 G 18 ). Ces dettes semblent avoir été remboursée en 1761 (A.N., G 9 /123 / 18).
141 – “Un essai de culture du riz dans les terrains de l’abbaye de Bonlieu au XVIIIe s., ( éd. par A. de Saint-Pulgent), Bulletin de la Diana, XXIV, 1931 – 1934, p. 288 – 292. “Contrat pour la rénovation des terriers de Bonlieu en 1754”, id., XXIII, 1927 – 1930, p. 566 – 568. Une lettre de l’abbesse à la Commission des Secours nous apprend qu’en 1756, 3000 pieds de mûriers ont été plantés. (A.N., G 9 /123 / 18).
142 – Nous ne connaissons pas la date de levée de l’interdiction.
143 – La Bénisson-Dieu a connu de semblables menaces dans le même temps. sa communauté compte une quinzaine de moniales en 1754, il est question de l’unir aux bernardines de Lyon. Le projet n’eut pas de suite. Il y avait 29 professes en 1698 (J. Baché, op. cit., p. 215), elles ne sont plus que 10 en 1792, accompagnées de 4 converses (A.D. Loire, L 991).
144 – H. Jeanblanc, op. cit., p. 146 – 147 et p. 162 – 163. Dans le même temps, on réédifie l’abbaye de La Séauve et celle de Mercoire, alors qu’à Bonlieu faute de moyens, on se contente de diviser l’abbatiale en deux parties séparées par un plancher (A. Bonin, op. cit., p. 451).
145 – Valbenoîte reçoit une première visite d’inspection le 4 mai 1790. Ses meubles sont vendus le 26 octobre 1791. A la fin de cette même année, l’essentiel des biens a été acquis et les moines se sont dispersés (H. Jeanblanc op. cit., p. 162 et p. 166 – 168). A La Bénisson-Dieu, le premier inventaire a lieu le 24 janvier 1790, suivi de deux autres, les 27 juillet et 21 octobre 1790. Le 9 janvier suivant, les religieuses sont parties à l’exception de cinq d’entre elles qui demeurent dans le village avec leur aumônier. Les biens sont vendus à partir du mois de janvier 1791 (J. Baché, op. cit., p. 236 – 247). Enfin, c’est le 15 septembre 1790 qu’un inventaire complet a lieu à Bonlieu, mais les religieuses dans la détresse hésitent à partir comme le montre leurs déclarations, mais finissent par se résigner, le 2 mai 1791 (A.D. Loire, H 2 / 33). Les biens sont vendus et la communauté est dispersée en octobre de cette année (A.D. Rhône, 1 L 1121).