BD, Tome LIX, La famille Tardy et la terre de Rhins au Coteau, pages 43 à 52, La Diana, 2000.

 

LA FAMILLE TARDY ET LA TERRE DE RHINS AU COTEAU

Communication de Mlle Marie-Claire HUGUENY et Mme Simone PIGAT.

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La Terre de Rhins était autrefois un important domaine de prairies, bois et marécages situé sur la commune du Coteau en Beaujolais, entre le Rhins et la rive droite de la Loire, sur lequel était construit un « tout petit manoir ». Il appartenait à la Famille Cozon de Bayard (ou Couzon), vers 1649, puis par succession à la Famille du Treuil, de Saint-Etienne.

-Jean-Benoit du Treuil, sieur de Rhins, Lieutenant Civil et Militaire de Police à Saint-Etienne, avocat à la Cour des monnaies de Lyon, fit construire en 1698 une demeure dans le goût de l’époque : le Château de Rhins.

-Son fils, Antoine le vend en 1720 au Sieur Louis Tardy des Mures, bourgeois de Perreux.

« D’azur au chevron d’argent, accompagné en pointe d’une aigle d’or tenant son aiglon et fixant un soleil du même, mouvant du franc canton »

Notes généalogiques sur la famille Tardy

La Famille Tardy, originaire du Charollais, se fixe au 17e siècle à Perreux, où elle possède le Château des Mures.

– Louis Tardy des Mures (1678-1763) : Fils de Marc Tardy (1640-1728), notaire royal à Vougy, marié en 1673 à Perreux avec Hélie-Marie Servajean, était pourvu de l’office de Chauffecire scelleur à la Grande Chancellerie de France. Louis Tardy des Mures est avocat au Parlement, Conseiller du Roi. Son office de Secrétaire-Conseiller du Roi, lui octroie un titre de noblesse en 1729. Il épouse en 1712 Marie- Renée-Françoise Beraud de Perreux.

Leur fils, Benoît Tardy, Sieur de Rhins (1717-1763), porte les titres d’écuyer et de chevalier. il épouse, en 1744, Jeanne-Marie Pierre de Saint Cy, d’une famille originaire de Moulins. Ils auront trois enfants, tous guillotinés durant la Révolution.

L’un de ceux-ci, Jean-Jacques Tardy, Sieur de Rhins(1746-1793) sera : Chevalier, Mousquetaire du Roi, Juge de Paix, administrateur du Département de Rhône-et-Loire. Il épouse, en 1769 Thérèse de Ferme, originaire de Montluçon.

Leur fils, Marc-Louis Tardy, Sieur de Rhins (1769-1857), est le seul descendant des Tardy ayant échappé à la Révolution. Il sera nommé Marquis par lettres patentes du 4 Mai 1816. Brillant élève de l’Ecole Royale Militaire d’Effiat de 1779 à 1786, il remporte de nombreux prix dans différentes disciplines (histoire, géographie, langues, mathématique, poésie, rhétorique, dessin).

Doté d’une intelligence supérieure, cultivé et érudit, connu pour sa carrière politique et comme bienfaiteur de la commune du Coteau (il fit don du terrain pour l’église et sa place, le presbytère, l’école) Marc-Louis Tardy a brillé dans des domaines très variés : militaire (il participe à la bataille de Jemmapes), politique, littéraire, des affaires. IL s’occupe de la gestion et l’aménagement de ses terres de Rhins et des Mures. En 1822, il publie un mémoire sur l’irrigation des prairies arrosées par la rivière de Rhins, inséré dans les Mémoires d’agriculture, d’économie rurale et domestique publiées par la Société Royale et Centrale d’Agriculture. Conseiller général puis Président du Conseil Général de la Loire, il sera maire de Roanne de 1817 à 1830 puis conseiller municipal de Parigny en 1831 puis du Coteau de 1845 à sa mort en 1857. Il est l’auteur de plusieurs tragédies et pièces en vers, de discours, de nombreuses fables.Il épouse en 1801, à Saint-Just-en-Chevalet, Suzanne-Marie-Adèle Ramey de Sugny.

« D’azur à trois étoiles d’or et un croissant du même en abîme »

Leur fille, Thérèse de Tardy (1804-1885) épouse en 1825 Alphonse Valentin Vaysse, Vicomte de Raineville (d’une ancienne famille picarde) ; conseiller d’Etat, député de la Loire, il sera ensuite député de la Somme.

Leur fils, Joseph-Hubert Vaysse de Raineville est Zouave pontifical. Il se bat à Castelfidardo, et prend part à la défense de Paris en 1870. Il devient député puis sénateur de la Somme. Il épouse à Dresse (Saxe), en 1867, une russe d’une grande beauté : Alexandrine Petrovo-Solovovo. Ils seront sans descendance.

Le Domaine de Rhins reste propriété des Raineville jusqu’en 1891 où il est acquis par M. Marcel Rolland de Ravel, ingénieur du barrage de la Tache. Revendu en 1901 à M. Emile Grosse, manufacturier roannais, il est racheté par la Commune du Coteau en 1929. La mairie, y est installée en 1930, et y reste jusqu’en 1978. Le château qui abrita la maison de retraite jusqu’en 1997 est actuellement inoccupé. Il est toujours propriété de la Commune.

La Famille Tardy et la Révolution

Châtié pour avoir procuré des armes, des hommes et des vivres à la révolte lyonnaise, le Département de la Loire compte 215 foréziens parmi les 1665 condamnés à mort de Lyon. La Famille Tardy perdit 5 de ses membres pendant la Révolution.

– Jean-Jacques Tardy, né en 1746, arrêté à Roanne par ordre de Lapalus, il est enfermé à la prison des Ursules, conduit à Lyon, traduit devant la Commission de Justice Populaire créée par Javogues, déclaré coupable d’avoir fait partie de l’administration perfide de ce département, condamné à mort le 2.11.1793, guillotiné le 3.11.1793, place des Terreaux à Lyon.

– Jérôme Tardy, Sieur des Mures (frère du précédent), né en 1751, capitaine au 45e Régiment, condamné par la Commission Révolutionnaire de Lyon : Ex noble, ayant donné sa démission en 1793 à l’effet de désorganiser sa compagnie, guillotiné le 17 Février 1794 à Lyon, place des Terreaux.

– Marie Tardy, Baronne de Vaugirard, soeur des précédents, née en 1745. On a dit d’elle : une des femmes les plus belles et les plus spirituelles de la société montbrisonnaise. Elle est arrêtée à Montbrison comme aristocrate : a tenu chez elle des assemblées d’aristocrates, reçu des rebelles et les a excités à exterminer les troupes de la République, transférée à Feurs puis à Lyon: arrêtée par mesure de sûreté générale comme étant une aristocrate forcenée et la femme d’un général qui commandait à Montbrison et à Lyon les contre-révolutionnaires -guillotinée le 23 Mars 1794, place des Terreaux à Lyon.

– Jean-Pierre Girard de Vaugirard, né en 1771 à Champdieu, fils de Marie Tardy, officier d’infanterie noble, condamné par la Commission Militaire de Lyon: ex noble, instigateur, fabricateur de faux assignats, il avait pris une part active dans l’expédition des Lyonnais et au siège de Lyon ,ainsi que son père, fusillé le 15 novembre 1793 place des Terreaux à Lyon.

-Jean-Jacques Tardy, né en 1771, fils de Jean-Jacques Tardy, déjà cité plus haut, et frère de Marc-Louis, condamné par la Commission Populaire de Lyon, sans procès verbal connu, guillotiné le 28.11.1793 à Lyon.

Fut également victime de la Révolution :

-Jacques Pierre de Saint-Cy, oncle maternel de Jean-Jacques Tardy, père, né à Moulins, ancien trésorier de France, arrêté à Moulins par le Comité Révolutionnaire : Saincy, ci-devant noble, mauvais riche quoique millionnaire, puant l’aristocratie, beau-père de 2 émigrés, n’ayant jamais rien fait pour la République, transféré à Lyon, condamné par la Commission Révolutionnaire de Lyon, sans interrogatoire, sans examen, sans instruction, guillotiné le 31.12.1793.

Deux autres membres de la Famille Tardy furent incarcérés puis libérés :

– Jean-Marie Antoine Ramey de Sugny (beau-père de Marc-Louis Tardy), ancien syndic de l’ordre du clergé et de la noblesse à l’assemblée provinciale du Forez en 1787. En 1789, principal rédacteur des cahiers de la noblesse du Forez, incarcéré à la prison du Luxembourg, libéré après les pétitions des habitants de Souternon et de Saint-Just-en-Chevalet. Après la Révolution, il fut préfet du Puy-de-Dôme.

Jeanne Marie Pierre de Saint-Cy, veuve de Benoît Tardy, mère de Jean Jacques Tardy, le père, arrêtée à Roanne comme suspecte, emprisonnée aux Ursulines puis aux Minimes. Elle est libérée en raison de son état de santé le 13 Octobre 1794, après un an de détention : son état demande des soins et des remèdes qu’on ne pourrait lui procurer dans la maison de détention.

Une chapelle de l’église du Coteau est dédiée à la Famille Tardy. On peut y voir plusieurs plaques commémoratives rappelant le souvenir de ses différents membres.

ANNEXE

Fable 20e.

Dédiée à M. J. par son grand-père

L’ENFANT ET LE PAPILLON

Dans un jardin, sur une rose,

Fraîche, vermeille, et du matin éclose,

Un papillon s’était posé;

Un enfant l’aperçoit, et le petit rusé

Pour un exploit maudit en vrai lutin s’apprête :

La main levée, il marche, il marche à pas de loup,

Fait un pas, et puis deux, puis s’élance, et d’un coup

Il frappe, il jette à terre, et la rose et le papillon,

Des feuilles de la fleur ce fut une jonchée :

Une abeille en sortit, frémissante et fâchée,

Et qui dardant son piquant aiguillon,

Fit à l’enfant une vive blessure,

Adieu la joie, il crie, il pleure de douleur:

Tandis que profitant de sa mésaventure,

Le papillon qui fuit bénit le dard vengeur.

De la peine au plaisir, du plaisir à la peine

Le passage est soudain :

Le bonheur nous échappe, et cependant à peine

Nous le tenions à la main.

En t’adressant cette petite fable,

Pour toi, petit Joseph, je sens battre mon coeur ;

Gentil, naïf, et d’une humeur aimable,

Sois heureux en faisant des autres le bonheur.

Mais penseur sérieux, avec un air folâtre,

Joue avec les plaisirs sans en être idolâtre ;

Epris des papillons, prends-les sans les froisser ;

Et si pour ta maman que tu cours embrasser,

Tu cueilles en passant une rose vermeille,

Oh que jamais une fâcheuse abeille

N’en sorte pour te blesser !

Marc Louis de Tardy

BIBLIOGRAPHIE

– Prajoux (Abbé J.), Histoire du Coteau depuis son origine jusqu’à nos jours, Roanne, 1924.

– Tardy (Mme M.) : Un Costellois, maire de Roanne, Marc-Louis, Marquis de TARDY, texte de la conférence donnée au Coteau le 14-05-1999, consultable à la Diana.

– Paradis (O.): L’Ecole Royale Militaire d’Effiat et ses élèves, thèse d’histoire moderne, Université Blaise Pascal à Clermont-Ferrand, décembre 1998.

– Portaillier (A.),Victimes et Martyrs de Révolution, en Lyonnais, Forez,et Beaujolais, Saint-Etienne, 1911.

– Salomon (E.) : Les châteaux historiques du Forez, Le Puy, 1922, t. II, p. 302-306.

– Ont également été utilisées les archives municipales de la mairie du Coteau, et les archives de l’association “Le Coteau d’hier et de demain”, 7, rue des Ecoles, 42120, Le Coteau.

– Le Musée Joseph Déchelette, de Roanne, possède 3 tableaux de Marc-Louis, Marquis de Tardy. Le Musée Rolin d’Autun détient un portrait de Marc-Louis avec sa mère, du au peintre autunois Henri Marlet.

 

31 OCTOBRE 1793 (10 brumaire an II).

1 condamné.

DUTRONCY (Dominique), homme de loi… 33

Guillotiné le 2 novembre.

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2 NOVEMBRE 1793 (12 brumaire an II).

1 condamné, 1 guillotiné, à 5 heures et quart du soir, sur la place des Terreaux.

Tardy ( J.-J. ), administr. du département. 47

Exécution de DUTRONCY, condamné le 31 octobre.

 

Tableau extrait de la brochures « Victimes et Martyrs de la Révolution en Lyonnais, Forez,, et Beujolais, par A. Portalier.